jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2205479 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KOURAVY MOUSSA-BE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, M. D, représenté par Me Kouravy Moussa-Bé, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 30 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) en tant que ledit arrêté le soumet à une interdiction de retour pour une durée de 1 an ;
2°) d'enjoindre au préfet, dès lors que la mesure d'éloignement a déjà été exécutée, d'organiser et prendre en charge le retour à Mayotte ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et d'examiner sa demande de titre de séjour ;
4°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est urgent de faire échec aux mesures prises à son encontre, prématurément exécutées alors qu'il était en mesure d'apporter la preuve de sa nationalité française par filiation, et de lui permettre de continuer à vivre à Mayotte, où il réside depuis son plus jeune âge auprès de sa famille ;
- les agissements de l'administration, intervenus en violation des stipulations de la convention européenne des droits de l'homme relatives au droit au respect de la vie privée et familiale, ainsi que des dispositions du CESEDA prohibant l'éloignement forcé des ressortissants français, portent une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, le préfet de Mayotte, représenté par Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie en ce qui concerne l'IRTF ;
- les éléments invoqués par le requérant, insuffisamment circonstanciés, ne permettent pas de démontrer sa nationalité française ni d'établir l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 2 novembre 2022 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme A étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Il a été constaté l'absence des parties à l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. M. D, qui réside à Mayotte de manière continue depuis qu'il y est arrivé à l'âge de 6 mois avec sa mère, ressortissante comorienne, a fait l'objet le 30 octobre 2022 d'une OQTF assortie d'une interdiction de retour. Cependant, il résulte de l'instruction que l'intéressé, né le 20 avril 1994 à Anjouan, est le fils d'un ressortissant français, M. B, né le 1er décembre 1958 à Mayotte, décédé le 19 octobre 2016. Ainsi, en vertu des dispositions du code civil relatives à la nationalité française acquise par filiation, le requérant est fondé à se prévaloir de la nationalité française et sa qualité de ressortissant française peut être regardée, en l'espèce, comme insusceptible de soulever une difficulté sérieuse, alors même qu'il n'est pas encore en possession de l'un ou l'autre des documents administratifs usuels attestant de cette qualité. Dès lors, M. D ne pouvait être visé par les mesures d'éloignement et d'interdiction de retour prévues par le CESEDA à l'encontre des étrangers. Il y a lieu de constater l'atteinte grave et manifestement illégale portée à des libertés fondamentales, notamment la liberté d'aller et venir et le droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
3. Il résulte de ce qui précède que M. D, confronté à une situation d'urgence caractérisée, est fondé à solliciter l'intervention du juge du référé-liberté.
4. Si la mesure d'éloignement, déjà exécutée, ne peut plus donner lieu à suspension, il y a lieu de faire échec à la mesure d'interdiction de retour en prononçant sa suspension.
5. En outre, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes dispositions, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre, à très brève échéance, le retour à Mayotte de M. D aux frais de l'administration.
6. Il y a lieu de préciser que ce retour devra être effectif dans un délai de huit jours et donnera lieu, à l'arrivée à Mayotte, à la remise à l'intéressé d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, sa situation devant être réexaminée, pour l'heure, sur la base d'un droit au titre de séjour qu'il sollicite en qualité de ressortissant comorien. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
7. Enfin, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en condamnant l'Etat à verser à M. D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 30 octobre 2022 ordonnant l'éloignement de M. D est suspendue en tant que ledit arrêté soumet l'intéressé à une interdiction de retour pour une durée de 1 an.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, le retour à Mayotte de M. D, suivi de la remise immédiate d'un récépissé lors de l'arrivée à Mayotte, selon les modalités précisées aux points 5 et 6 des motifs de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 3 novembre 2022.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision