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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2205660

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2205660

samedi 12 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2205660
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantKALED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2022, Mme D B A, représentée par Me Kaled, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 26227/2022 du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligée à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de mettre fin à son placement en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel elle est exposée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, qui méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2022, le préfet de Mayotte, représenté par Me Carno, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience, qui a eu lieu le 12 novembre 2022 à 10h00, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de Mme Thoral greffière d'audience présente au tribunal administratif de Mayotte.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Ramin, juge des référés ;

- les observations de Mme B A, requérante ;

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B A, ressortissante comorienne née le 28 décembre 1985 à Domoni à Anjouan (Union des Comores), selon ses déclarations, est entrée irrégulièrement à Mayotte au cours de l'année 2004. Elle s'est mariée à Mayotte le 17 septembre 2016. Par un arrêté du 10 novembre 2022, le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Mme B A, placée en rétention administrative, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement, d'ordonner la mainlevée de son placement en rétention et d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur le placement en rétention :

2. Aux termes de l'article L. 743-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. / Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18 ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision de placement en rétention, qui ne peut être contestée que devant le juge des libertés et de la détention, relève de la seule compétence des juridictions judiciaires. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la mise en liberté de Mme B A doivent être rejetées, comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

5. La requérante a été placée en rétention administrative en vue de son éloignement imminent à destination des Comores. Dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai.

6. Mme B A, ressortissante comorienne née en 1985, soutient qu'elle est entrée à Mayotte en 2004, pour des soins dont elle ne pouvait bénéficier dans son pays, et qu'elle réside depuis lors dans ce département français où elle a dû rester pour le suivi et la consolidation de son état de santé. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Si elle produit son livret de famille et son acte de mariage avec M. C, contracté le 17 septembre 2016 à Dzaoudzi-Labattoir, commune de Mayotte, elle ne justifie, ni de la nationalité française de son époux, né à Anjouan aux Comores en 1985, ni de la réalité d'une communauté de vie avec celui-ci depuis leur union, qu'une attestation de droits versés par la caisse d'allocation familiales en 2019 et l'extrait d'un avis de non-imposition des revenus de l'année 2020 et ne suffisent pas à démontrer. Dans ces conditions, Mme B A n'est manifestement pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme B A doit être rejeté, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B A tendant à sa mise en liberté sont rejetées comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B A est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. D B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 12 novembre 2022.

Le juge des référés,

V. RAMIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

A. THORAL

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