lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2206120 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FEVRIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires récapitulatifs, enregistrés le 5 décembre 2022 et les 23 et 25 janvier 2023, M. C B, représenté par Me Jodie Debuiche, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 28 novembre 2022 du maire de la commune de M'Tsamboro l'affectant au poste de gestionnaire d'exploitation des équipements sportifs et ludiques à compter du 5 décembre 2022 ;
2°) d'enjoindre à la commune de M'Tsamboro de le réintégrer en qualité d'adjoint technique - technicien chargé des systèmes d'information, de la communication et de la vie associative de la commune de M'Tsamboro, sous astreinte de 200 euros par jour de retard au-delà d'un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors que, d'une part, il se voit largement rétrogradé dans ses fonctions, désormais privé de la NBI et affecté sur un poste dont aucune vacance n'a été publiée et dont la rémunération n'est pas connue, d'autre part, les besoins de la commune en infogérance sont importants, enfin, cette décision l'a placé dans une situation de risque psychosocial constatée par la médecine du travail et le rendant inapte à occuper son poste ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué qui est insuffisamment motivé, qui n'a été précédé d'aucune déclaration de vacance de poste, d'aucune communication du dossier à l'agent, qui révèle un détournement de pouvoir de la commune, une situation de harcèlement et une discrimination syndicale et constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, la commune de M'Tsamboro, représentée par Me Jean-Marc Février, conclut au rejet de la requête de M. B et demande la condamnation de ce dernier au paiement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable comme étant dirigée contre une simple mesure d'ordre intérieur ;
- la condition d'urgence ne doit pas être regardée comme remplie dès lors que l'arrêté attaqué n'emporte que la perte de la NBI et qu'aucune désorganisation du parc informatique n'a été constatée depuis le changement d'affectation contesté ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de ce changement d'affectation qui ne peut être assimilé à une mutation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 décembre 2022 sous le n° 2206119 tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2022 du maire de la commune de M'Tsamboro affectant M. B au poste de gestionnaire d'exploitation des équipements sportifs et ludiques à compter du 5 décembre 2022 ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 26 janvier 2023 à 9 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme A étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Khater, juge des référés ;
- les observations de M. B, seul, qui a comparu sans son avocat ;
- la commune de M'Tsamboro n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par une lettre, en date du 28 novembre 2022, le maire de la commune de M'Tsamboro a informé M. B, adjoint technique qui occupait jusqu'alors le poste de technicien chargé des systèmes d'information, de la communication et de la vie associative de la commune, de son affectation, à compter du 5 décembre 2022, sur le poste de gestionnaire des équipements sportifs et ludiques, sur le site de la direction de la vie citoyenne, Maison France Service, à Hamjago. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette affectation.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'existence d'une urgence à statuer sur sa demande, M. B soutient d'abord que cette nouvelle affectation, qui ne serait pas une simple mesure d'ordre intérieur mais en réalité une sanction déguisée, le rétrograde dans ses fonctions, le prive d'une partie de sa rémunération, notamment de la nouvelle bonification indiciaire qu'il percevait dans sa précédente affectation sur le poste de responsable des systèmes d'information et de communication et de responsable support informatique de la commune. Toutefois, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que résulterait de ce changement d'affectation une perte financière pour M. B qui excéderait cette seule prime d'un montant de 121,25 euros par mois, sur un montant total de rémunération de l'ordre de 3 000 euros par mois et alors que le changement d'affectation dont il est demandé la suspension n'implique aucune perte de traitement. Il soutient également que les besoins en infogérance de la commune sont importants, sans qu'aucun élément ne permette davantage de considérer, quelle que soit sa manière servir qui n'est pas contestée, que son affectation sur une autre poste mettrait en péril le fonctionnement du service. Enfin, si M. B fait valoir que ce changement d'affectation l'a placé dans une situation de risque psychosocial, en se prévalant d'un avis de la médecine du travail rendu après un examen médical du 7 décembre 2022 ayant conclu à l'incompatibilité temporaire du poste de travail avec son état de santé en évoquant un " risque psychosocial ", cette seule circonstance n'est pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision du 28 novembre 2022 du maire de la commune de M'Tsamboro affectant M. B au poste de gestionnaire d'exploitation des équipements sportifs et ludiques à compter du 5 décembre 2022.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête présentée par M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au maire de la commune de M'Tsamboro.
Fait à Mamoudzou, le 27 février 2023.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.