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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2206264

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2206264

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2206264
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une production de pièces complémentaires enregistrées le 16 décembre 2022 et le 3 janvier 2023, M. D C, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) à titre principal, de suspendre l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de B a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de l'arrêté du 30 mai 2022 en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de B de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors qu'elle a été introduite dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision rendue par le bureau d'aide juridictionnelle ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il peut être éloigné à tout moment alors qu'il vit avec sa compagne, laquelle réside à B en situation régulière en tant que mère d'un enfant français, qu'elle est enceinte et qu'ils ont trois enfants âgés d'un à six ans, et qu'il fait preuve d'une intégration remarquable et dispose de toutes les qualifications requises pour occuper un poste d'enseignant ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'atteinte disproportionnée qu'elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur des quatre enfants du foyer au regard de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait et d'erreurs manifestes d'appréciation pour les motifs exposés à l'encontre de la décision de refus d'admission au séjour ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Vu :

- la requête, enregistrée le 4 novembre 2022 sous le numéro 2205596, tendant à l'annulation du même arrêté du 30 mai 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Biget, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 5 janvier 2023 à 9h30 (heure de B), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A étant greffier d'audience au tribunal administratif de B.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Ghaem et de M. C, le préfet n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 9h40 (heure de B).

Vu le mémoire, enregistré le 5 janvier à 9h43 (heure de B) après la clôture de l'instruction, présenté pour le préfet de B par Me Rannou.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant comorien né le 24 juin 1978, demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions, contenues dans un arrêté du 30 mai 2022, par lesquelles le préfet de B a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans le délai d'un mois.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que M. C réside de manière continue à B depuis 2017, qu'il est père de trois enfants nés en 2016, 2019 et 2021 - les deux plus jeunes à B - de sa relation avec une compatriote autorisée au séjour en qualité de mère d'une enfant française née en 2015 d'une précédente relation, qu'il vit avec la mère de ses enfants et contribue à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci, que sa conjointe est enceinte de leur quatrième enfant et qu'il pourrait prétendre à l'occupation d'un poste d'enseignement au vu de son niveau de qualifications, ayant d'ailleurs à cet égard demandé une équivalence de diplômes. Au vu de ces considérations, le requérant justifie de circonstances spécifiques de nature à rendre nécessaire une intervention du juge des référés avant que le tribunal ne statue sur sa requête au fond. Il s'ensuit que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, eu égard aux circonstances mentionnées au point 4 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. C au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions de refus de séjour et portant invitation à quitter le territoire français dans le délai d'un mois contenues dans l'arrêté du 30 mai 2022 du préfet de B.

6. Il résulte de tout de ce qui précède que le requérant est fondé à demander la suspension des effets des décisions contestées.

Sur l'injonction :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de B de délivrer à M. C, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. En vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Les effets de l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le préfet de B a refusé d'admettre M. C au séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans le délai d'un mois sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal statue au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de B de délivrer à M. C, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 700 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au préfet de B.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 11 janvier 2023.

Le juge des référés,

O. BIGET

La République mande et ordonne au préfet de B en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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