vendredi 24 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2206296 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Ghaem, avocate, demande au juge des référés, sur le fondement des articles L. 521-2, L. 911-4 et L. 911-7 du code de justice administrative :
1°) de constater l'inexécution de l'ordonnance de référé n° 2204693 du 10 octobre 2022 enjoignant au préfet de Mayotte, sous astreinte de 800 euros par jour de retard, de procéder au remboursement des frais d'hébergement et de déplacement exposés, à hauteur de 420 euros, du fait des atermoiements de l'administration à l'égard de l'exécution de l'injonction de retour prononcée par les ordonnances n° 2204382 et n° 2204578 des 13 et 23 septembre 2022 ;
2°) en conséquence, de liquider ladite astreinte pour la période courant à compter du 22 octobre 2022 et de réitérer l'injonction relative au paiement de la somme de 420 euros ;
3°) de constater en outre l'inexécution des ordonnances n° 2204578 et n° 2204693 des 23 septembre et 10 octobre 2022 en tant que l'Etat a été condamné à lui verser les sommes respectives de 800 et 7 300 euros au titre de la liquidation des astreintes fixées par les ordonnances des 13 et 23 septembre 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B A soutient que :
- l'administration s'obstine à refuser, pour des motifs non pertinents, le paiement de la somme de 420 euros due au titre du remboursement des frais d'hébergement et de déplacement visés par l'ordonnance du 10 octobre 2022 ;
- elle s'est également abstenue de régler les sommes de 800 et 7300 euros dues en vertu des condamnations déjà prononcées au titre de la liquidation des astreintes.
La procédure a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas défendu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu les ordonnances de référé n° 2204382, n° 2204578 et n° 2204693 des 13 septembre, 23 septembre et 10 octobre 2022.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme du 25 juin 2020, Moustahi c/ France, n° 9347/14 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 16 février 2023 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme D étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2023 :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de M. B A, qui confirme les conclusions et moyens de sa requête et précise que la situation n'a pas évolué à l'égard des paiements attendus.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. Aux termes de l'article de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement () la partie intéressée peut demander au tribunal administratif () qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement () dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Aux termes de l'article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / () Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".
3. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires.
4. Suite aux ordonnances n° 2204382 et n° 2204578 des 13 et 23 septembre 2022 et à une nouvelle requête introduite par M. B A, le juge du référé-liberté a été amené à statuer à nouveau sur les difficultés d'exécution rencontrées par l'intéressé à l'égard de l'injonction de retour à Mayottte avec prise en charge des frais par l'Etat prononcée à l'encontre de l'administration en conséquence de la situation d'exécution prématurée d'une OQTF à laquelle il avait dû faire face. Ainsi, par ordonnance n° 2204693 du 10 octobre 2022, il a été enjoint au préfet de Mayotte, sous astreinte de 800 euros par jour de retard à compter du 21 octobre 2022, de procéder au remboursement de la somme de 420 euros due à l'intéressé au titre des frais d'hébergement et de déplacement qu'il avait été contraint d'exposer du fait des atermoiements de l'administration à l'égard de l'exécution de l'injonction de retour.
5. Le juge du référé-liberté se trouve aujourd'hui saisi, sous le n° 2206296, d'une nouvelle requête à fin d'exécution présentée par M. B A, lequel a confirmé à l'audience que les sommes dues en vertu des précédentes ordonnances ne lui avaient toujours pas été versées.
6. Il résulte de l'instruction que le remboursement dû à hauteur de 420 euros n'a toujours pas été effectué au profit de l'intéressé sans que l'administration, qui n'a d'ailleurs présenté aucune défense, soit en mesure de faire état de manière crédible d'un retard qui découlerait de circonstances indépendantes de sa volonté. Dès lors, il y a lieu, d'une part, d'entrer en voie de liquidation d'astreinte pour la période d'inexécution courant à compter du 22 octobre 2022 et, d'autre part, de réitérer l'injonction sous astreinte de versement à M. B A de la somme de 420 euros.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire usage du pouvoir de modération conféré au juge de l'exécution par les dispositions de l'article L. 911-7 du code de justice administrative en limitant à 10 000 euros le montant de l'astreinte liquidée, laquelle représenterait normalement une somme de 100 800 euros si le montant journalier de 800 euros était appliqué aux 126 jours de retard constatés du 22 octobre 2022 au jour de la présente ordonnance.
8. M. B A soulève en outre, par la présente requête, la non-exécution des ordonnances n° 2204578 et n° 2204693 des 23 septembre et 10 octobre 2022 en tant que l'Etat a été condamné à lui verser les sommes respectives de 800 et 7 300 euros au titre de la liquidation des astreintes fixées par les ordonnances des 13 septembre et 23 septembre 2022.
9. Sur ce point, les dispositions de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, aujourd'hui codifiées à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, qui instituent une voie de droit spécifique au profit des personnes confrontées à une situation d'inexécution " lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même ", font obstacle à l'intervention directe du juge des référés agissant en tant que juge de l'exécution. Car le requérant ne justifie pas, ni même n'allègue, avoir effectué les diligences nécessaires auprès du comptable public, ainsi que cela est prévu par les dispositions selon lesquelles " à défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ".
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire à nouveau application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ainsi, l'Etat devra verser à M. B A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance n° 2206296.
ORDONNE :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B A la somme de 10 000 euros au titre de la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2204693 du 10 octobre 2022.
Article 2 : L'injonction faite au préfet de Mayotte de procéder au remboursement à M. B A d'une somme de 420 euros au titre des frais qu'il a exposés aux Comores est réitérée, le taux de l'astreinte demeurant fixé à 800 euros par jour de retard.
Article 3 : En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat versera à M. B A la somme de 1 500 euros au titre des frais de la présente instance n° 2206296.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au Défenseur des droits et, en application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Mamoudzou, le 24 février 2023.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision