mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2206433 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Ghaem, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait les articles L. 431-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Mayotte ne pouvant exiger la production de son acte de naissance et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son identité est établie par la production de sa carte d'identité et au regard de ses difficultés pour se procurer son acte d'état civil auprès des autorités de son pays d'origine ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale et à l'intérêt supérieur de son enfant.
La requête a été communiquée au préfet de Mayotte le 29 décembre 2022, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Banvillet, premier conseiller
- les observations de M. C ;
- le préfet de Mayotte n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 novembre 2022, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. B C, ressortissant rwandais né le 20 juin 1975 à Masisi (République démocratique du Congo), un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est le père de l'enfant Mario Gaël C né le 10 août 2021 de sa relation avec Mme D A, ressortissante congolaise ayant obtenu le statut de réfugiée par une décision de l'OFPRA du 27 mai 2021 et titulaire d'une carte de résident en cette qualité. Les diverses pièces produites, notamment une quittance de loyer au nom du couple et les justificatifs délivrés par la caisse d'allocation familiale, établissent la communauté de vie qu'il partage avec Mme A et leur enfant. Au surplus, il justifie de la conclusion d'un pacte de solidarité civile avec Mme A le 29 novembre 2022, postérieurement à l'arrêté attaqué. Par ailleurs, l'intéressé démontre contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant par la production de diverses factures d'achats essentiels pour un enfant en bas âge, de justificatifs médicaux et de photographies du premier anniversaire de celui-ci. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision lui refusant un droit au séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler le refus de séjour opposé à M. C ainsi que, par voie de conséquence, la mesure d'éloignement attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
5. Le motif fondant l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que le préfet de Mayotte délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Mayotte d'y procéder dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 800 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté n° 2022-9764065348 du 2 novembre 2022 du préfet de Mayotte est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 800 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Mayotte.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :
-Mme Khater, présidente,
-M. Biget, premier conseiller,
-M. Banvillet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,La présidente,
M. E
La greffière,
A. THORAL
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2206433