mardi 10 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2300046 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CUNIQUE PIERRE-PHILIPPE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Cunique, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du 20 décembre 2022 du préfet de Mayotte par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retour sur le territoire pendant
trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, avant dire droit, de produire l'entier dossier de police de la requérante sur lequel il s'est fondé et la délégation du signataire de l'arrêté attaqué ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- il y a urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté litigieux, dès lors qu'elle craint d'être séparée de ses enfants mineurs à charge ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, dès lors que son signataire ne justifie pas avoir reçu délégation pour ce faire ;
- cet arrêté, qui viole la présomption d'innocence, n'expose pas précisément les faits qui lui sont reprochés ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et procède d'un abus de pouvoir ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête n°2300017 enregistrée le 2 janvier 2023 par laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Biget, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante malgache née le 2 août 1986, saisit le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, afin qu'il suspende l'exécution des décisions, contenues dans un arrêté du 20 décembre 2022, par lesquelles le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et l'a interdite de retour sur le territoire pendant trois ans.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "
3. Pour l'application des dispositions citées au point 2, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " En vertu de l'article L. 761-8 du même code, les dispositions de l'article L. 722-7 ne sont applicables à Mayotte. S'y substituent dans ce département celles de l'article L. 761-9, aux termes desquelles : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir à Mayotte : / 1° Si l'autorité consulaire le demande, avant l'expiration du délai d'un jour franc à compter de la notification de cette décision ; / 2° Si l'étranger a saisi le tribunal administratif d'une demande sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, avant que le juge des référés ait informé les parties de la tenue ou non d'une audience publique en application du deuxième alinéa de l'article L. 522-1 du même code, ni, si les parties ont été informées d'une telle audience, avant que le juge ait statué sur la demande. "
5. En application des dispositions citées au point 4, Mme A B dispose d'une voie de recours spécifique ayant un effet suspensif pour s'opposer à l'exécution effective d'une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, en l'absence de perspective de mise en œuvre effective à tout moment de la mesure d'éloignement litigieuse, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'urgence est caractérisée par la crainte d'être séparée de ses enfants mineurs à sa charge. Pour le reste, Mme A B se borne à justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué par le caractère manifestement excessif du refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour pendant trois ans. Ce faisant, la requérante ne fait pas état de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité dudit arrêté. Par suite, en l'état de l'instruction du dossier soumis au juge des référés, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux, que la requête présentée par Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou le 10 janvier 2023.
Le juge des référés,
O. BIGET
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300046