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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2300294

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2300294

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2300294
TypeOrdonnance
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 18 et 20 janvier 2023, Mme E C, représentée par Me Ghaem, avocate, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte, par décision avant dire droit, de communiquer toutes pièces susceptibles d'apprécier les diligences accomplies afin de réviser le périmètre des opérations en tenant compte des ordonnances rendues par le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte les 8 décembre 2022 et 14 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte et subsidiairement au maire de Mamoudzou et au président du conseil départemental, d'effectuer toutes diligences afin de raccorder le domicile de Mme C au réseau d'électricité dans un délai qui ne saurait excéder 24 heures et à défaut sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte et subsidiairement au maire de Mamoudzou et au président du conseil départemental, d'effectuer toutes diligences afin de raccorder le domicile de Mme C au réseau d'eau potable et d'assainissement dans un délai qui ne saurait excéder 24 heures et à défaut sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de Mayotte et subsidiairement au maire de Mamoudzou et au président du Conseil départemental, de proposer des solutions concrètes de logement à Mme C auprès de Mme D, avec une prise en charge des frais de transport liés à ses déplacements, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de mettre en place, pour Mme C, un suivi sur le plan psychologique dans un délai qui ne saurait excéder sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et à défaut sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en respect de la loi la famille doit être prise en charge dans un logement adapté puisqu'il a été porté atteinte à son droit de propriété ainsi qu'à la dignité de la personne humaine ;

- la carence de l'Etat porte une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales que sont :

* la dignité de la personne humaine ;

* le droit à un logement décent ;

* le droit à la vie et la prohibition des tortures et traitement inhumain et dégradant ;

* le droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale n'est portée à l'une des libertés fondamentales susmentionnées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique (dite ELAN), notamment son article 197 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 20 janvier 2023 à 14h00, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cornevaux, juge des référés ;

- les observations de Me Ghaem, avocate de Mme E C, requérante présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise qu'elle souhaite que le juge des référés porte l'astreinte se rapportant au relogement à 2 000 euros par jour de retard, compte tenu de l'inaction de l'administration quant aux propositions de relogement de ses clients ;

- les observations de Mme A, représentant le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une note en délibéré, présentée pour la requérante, a été enregistrée le 27 janvier 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°2022-SG-1158 du 19 septembre 2022 le préfet de Mayotte a prescrit l'évacuation et la destruction des constructions bâties illicitement au lieu-dit Doujani dans la commune de Mamoudzou. Par une ordonnance en date du 8 décembre 2022, le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté litigieux en tant qu'il concernait le lieu d'habitation de Mme C, au lieu-dit Doujani, au motif qu'aucune proposition concrète sur les offres d'hébergement n'a été adressée à la requérante avant la notification de l'arrêté litigieux et, d'autre part, en l'état du dossier, qu'aucune pièce ne permettrait de connaitre la consistance des propositions d'hébergement dont se prévalait le préfet de Mayotte, ne mettant pas ainsi le juge de référés d'exercer son contrôle sur la réalité et le caractère adapté desdites propositions contestées par la requérante. Il a par la même ordonnance transmis au Conseil d'Etat la question de la conformité à la Constitution de l'article 197 de la loi ELAN. Par la présente requête, Mme C a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, des atteintes portées à la situation de sa famille par la mise à exécution de l'arrêté litigieux.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Après l'article 11 de la loi n° 2011-725 du 23 juin 2011 portant dispositions particulières relatives aux quartiers d'habitat informel et à la lutte contre l'habitat indigne dans les départements et régions d'outre-mer, il est inséré un article 11-1 ainsi rédigé : / " Art. 11-1.-I.-A Mayotte et en Guyane, lorsque des locaux ou installations édifiés sans droit ni titre constituent un habitat informel au sens du deuxième alinéa de l'article 1er-1 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement forment un ensemble homogène sur un ou plusieurs terrains d'assiette et présentent des risques graves pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique, le représentant de l'Etat dans le département peut, par arrêté, ordonner aux occupants de ces locaux et installations d'évacuer les lieux et aux propriétaires de procéder à leur démolition à l'issue de l'évacuation. L'arrêté prescrit toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès et l'usage de cet ensemble de locaux et installations au fur et à mesure de leur évacuation. / Un rapport motivé établi par les services chargés de l'hygiène et de la sécurité placés sous l'autorité du représentant de l'Etat dans le département et une proposition de relogement ou d'hébergement d'urgence adaptée à chaque occupant sont annexés à l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent I. ".

4. Il résulte de l'instruction ainsi que des débats et des interrogations du juge des référés à la barre que les dispositions de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, prévoient que des solutions de relogement ou d'hébergement d'urgence adaptées à la situation des requérants doivent être proposées aux personnes concernées. Or, malgré la destruction partielle du lieu d'habitation de la requérante par les services de l'Etat, aucune production ne permet, à la date de l'audience, de connaître la consistance des propositions d'hébergement effectuées, de sorte que le juge des référés ne peut, en l'état du dossier, s'assurer de leur adéquation à sa situation. Par suite, Mme D est manifestement fondée à soutenir que la carence de l'Etat à procéder à son relogement porte une atteinte grave et manifestement illégale, à tout le moins, à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à son droit à pouvoir accéder, comme la loi le préconise, à un logement décent. Pour les mêmes raisons l'urgence doit être regardée comme établie.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. D'une part, si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires.

6. D'autre part, il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 911-1 et du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte et il incombe dans tous les cas aux différentes autorités administratives de prendre, dans les domaines de leurs compétences respectives, les mesures qu'implique le respect des décisions juridictionnelles.

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Eu égard à ce qu'il a été dit au point 4, il convient donc d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder dans un délai de 10 jours maximum à compter de la notification de la présente ordonnance, au relogement de l'intéressée conformément aux dispositions de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte d'un montant de 1 500 euros par jour de retard à compter du dépassement du délai fixé qui prendra donc effet au jour de la notification de l'ordonnance.

9. La présente décision n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte et subsidiairement au maire de Mamoudzou et au président du conseil départemental, d'effectuer toutes diligences afin de raccorder le domicile de Mme C au réseau électrique et au réseau d'eau potable et d'assainissement, compte tenu de l'injonction tenant à l'obligation de relogement, de mettre en place un suivi sur le plan psychologique et la prise en charge des frais de transport liés à ses déplacements, sans aucune précision sur ce point.

10. En ce qui concerne la demande tendant à ce que le tribunal avant dire droit ordonne au préfet de Mayotte de communiquer toutes pièces susceptibles d'apprécier les diligences accomplies afin de réviser le périmètre des opérations en tenant compte des ordonnances rendues par le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte les 8 décembre 2022 et 14 janvier 2023, outre qu'à la date de la présente ordonnance, cette injonction ne semble pas utile, puisque les opérations de destruction de locaux ou installations édifiés sans droit ni titre, constituant un habitat informel, sont terminées, le principe du contradictoire ayant été respecté dans l'instance qui a donné lieu à l'ordonnance du 8 décembre 2022, il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces détenues par l'administration, dont il est demandé communication. Les conclusions ainsi présentées doivent donc être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au profit de Mme E C demandée au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de procéder, dans un délai de 10 jours maximum à compter de la notification de la présente ordonnance, au relogement de Mme E C conformément aux dispositions de l'article 197 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, l'Etat sera condamné à verser une astreinte de 1 500 euros par jour de retard, passé ce délai.

Article 2 : L'Etat versera à Mme E C la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 20 mars 2023.

Le juge des référés,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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