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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2300587

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2300587

samedi 4 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2300587
TypeOrdonnance
Avocat requérantBELLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2023 à 9h26 (heure de Mayotte), Mme A B, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté n° 1628/2023 du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction d'y revenir pendant une année ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte dans un délai de 48 heures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à son arrivée à Mayotte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle a été éloignée de Mayotte le 21 janvier 2023 en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du ceseda, qui prohibe l'éloignement des étrangers parent d'un enfant français à l'entretien duquel il contribue effectivement. En outre, elle est séparée de sa fille française, qui se retrouve sans représentant légal à ses côtés, son père s'étant désintéressé d'elle. Enfin, elle dispose d'un passeport en cours de validité.

- l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors qu'elle réside à Mayotte de manière continue depuis plus de 7 années et qu'elle y vit avec sa fille française mineure.

- la même mesure méconnait l'intérêt supérieur de sa fille protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la mesure d'interdiction de retour méconnait les mêmes libertés fondamentales que la mesure d'éloignement litigieuse. Elle est également dépourvue de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le préfet de Mayotte, représenté par le cabinet Centaure, conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que la requérante peut demander l'abrogation de cette mesure et qu'aucun refus d'abrogation n'est encore né. Elle l'est en revanche s'agissant des conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement, même si le juge judiciaire a prononcé la mainlevée de sa rétention.

- la mesure d'éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, par les pièces qu'elle produit, la requérante ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour à Mayotte, ni de la réalité de ses attaches personnelles et familiales, ni d'aucune insertion professionnelle ou scolaire ;

- le même mesure ne méconnait pas l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante, dés lors qu'elle n'entretient aucun lien avec lui ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de la liberté d'aller et venir est inopérant ;

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 3 février 2023 à 14h30 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport, entendu les observations de Me Ratrimoarivony, qui substitue Me Belliard.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 1628/2023 du 19 janvier 2023, le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme A B, ressortissante comorienne née le 20 décembre 1980, de quitter le territoire sans délai et interdiction d'y revenir pendant une année. Le 21 janvier 2023, l'intéressée a été éloignée de Mayotte après que, par ordonnance du 19 janvier 2023, n° 2300309, le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte a rejeté la requête par laquelle Mme A B a demandé la suspension des effets de cet arrêté sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et que, par ordonnance du 29 janvier 2023, le juge judiciaire de la liberté et de la détention a refusé de prononcée la mainlevée de son placement en rétention. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme A B demande à nouveau au juge des référés de suspendre les effets de l'arrêté n° 1628/2023 du 19 janvier 2023 et d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, dans la mesure où le requérant a été éloigné à la date de la précédente décision, il n'existe plus d'urgence à statuer sur ses conclusions tendant à la suspension des effets de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la suspension de cette mesure doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

4. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. L'intérêt supérieur d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui est titulaire à son égard de l'autorité parentale.

6. Il résulte de l'instruction que la requérante a été éloignée de Mayotte le 21 janvier 2023 vers Anjouan. Il résulte également de l'instruction que la requérante est mère d'une enfant français née à Mayotte le 17 mai 2016, et scolarisée à l'école élémentaire de Combani depuis la rentrée 2021/2022. En outre, par les documents médicaux de l'enfant et les factures de collation scolaire qu'elle produit, elle justifie suffisamment de sa contribution à son entretien et son éducation. Enfin, à l'audience, l'avocat de la requérante fait valoir que le père de sa fille, M. D s'est complétement désintéressé de sa fille.

7. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la condition d'urgence est satisfaite et que la mesure litigieuse d'interdiction de retour méconnait l'intérêt supérieur de sa fille française. Par suite, il y a lieu de suspendre les effets de cette mesure.

8. En revanche, l'exécution de cette mesure de suspension n'implique pas que le préfet de Mayotte organise le retour à Mayotte de la requérante, aux frais de l'Etat, par l'achat d'un billet d'avion ou de bateau. Il implique seulement que le préfet de Mayotte demande aux autorités consulaires françaises aux Comores de lui délivrer un laisser-passé pour revenir à Mayotte, et qu'une fois celle-ci arrivée à Mayotte, il lui soit délivré une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais relatifs au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux l'arrêté n° 1628/2023 du 19 janvier 2023 sont suspendus en tant qu'il est fait interdiction à Mme A B de revenir sur le territoire français.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de demander aux autorités consulaires françaises aux Comores de délivrer à Mme A B un laisser-passé pour revenir à Mayotte. Il est également enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A B une autorisation provisoire de séjour à son arrivée à Mayotte.

Article 3 : L'Etat versera au requérant une somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de Mayotte. Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 4 février 2023

Le juge des référés,

F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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