vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2300630 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée, sous le n°2300630, le 6 février 2023, M. A B, demande au tribunal de liquider provisoirement l'astreinte qu'il a prononcée à l'encontre du préfet de Mayotte par un jugement n° 2105023 du 1er juillet 2022.
Il soutient que le préfet n'a pas exécuté le jugement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de Mayotte, conclut, à titre principal, au rejet de la demande de liquidation de l'astreinte et, à titre subsidiaire, à ce que son montant soit modulé.
Il fait valoir que :
- l'inexécution des différents jugements ne résulte pas d'une volonté de faire obstacle à la chose jugée, mais de difficultés organisationnelles internes ;
- l'exécution du jugement est désormais " bien engagée ".
II. Par une requête, enregistrée sous le n°2400077, le 11 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Marino-Philippe, demande au juge des référés du tribunal saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner le préfet de Mayotte à lui verser une somme de 242 500 euros à titre de provisoire à valoir sur la liquidation de l'astreinte prononcée par un jugement du 1er juillet 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il est titulaire d'une créance résultant d'une obligation non sérieusement contestable.
Par un courrier du 26 janvier 2024 le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de rendre un jugement de non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête n° 2400077 en raison du jugement qu'il allait rendre sur la demande de liquidation d'astreinte dans l'instance n° 2300630.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement n°1900068 du 29 décembre 2020, le tribunal administratif de Mayotte a, d'une part, annulé la décision du 12 décembre 2018 par laquelle le secrétaire général de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement a fixé à 0,95 le coefficient final de modulation individuelle appliqué à l'indemnité spécifique de service due à M. B au titre de l'année 2017 et, d'autre part, enjoint au préfet de Mayotte de corriger le coefficient de l'indemnité spécifique de service attribué à M. B au titre de 2017 et de lui verser les rappels d'indemnité correspondants, assortis des intérêts moratoires à compter du 9 janvier 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
2. Par un jugement n° 2105023 du 1er juillet 2022, le tribunal administratif de Mayotte, après avoir constaté l'inexécution par le préfet du jugement du 29 décembre 2020, a prononcé une astreinte journalière de 500 euros à son encontre, s'il ne justifiait pas l'avoir exécuté, dans un délai de deux mois suivant sa notification.
3. Par les présentes requêtes, M. B demande au tribunal, d'une part, de liquider provisoirement l'astreinte prononcée par le jugement du 1er juillet 2022 et, d'autre part, de condamner l'Etat au versement d'une provision à valoir sur la liquidation de l'astreinte.
Sur la jonction :
4. Les requêtes n° 2300630 et n° 2400077 concernent le même requérant et présentent à juger des questions communes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur le non-lieu à statuer sur la demande de provision :
5. Le présent jugement statuant sur la demande de liquidation provisoire de l'astreinte, les conclusions tendant au versement d'une provision à valoir sur cette liquidation ont perdu leur objet, de telle sorte qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2400077.
Sur la liquidation provisoire de l'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. "
7. Il résulte de l'instruction que le jugement du 1er juillet 2022 a été notifié au préfet de Mayotte le jour même. Ainsi, l'astreinte de 500 euros par jour de retard a commencé à courir à compter du 1er septembre 2022, soit depuis 551 jours à la date du présent jugement. A la date du présent jugement, le préfet n'a pas encore exécuté le jugement du 29 décembre 2020, dès lors qu'il n'a pas versé à M. B les rappels d'indemnité et les intérêts moratoires. Toutefois, compte tenu des diligences récentes réalisées par le préfet, il y a lieu de liquider provisoirement l'astreinte à hauteur de 20 000 euros au profit de M. B.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2400077.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 20 000 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte prononcée par le jugement du 1er juillet 2022.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Mayotte et à M. A B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
La greffière,
A. THORAL
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.,