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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2300711

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2300711

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2300711
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2023, Mme C A, représentée par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte en date du 28 janvier 2023 en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son rapatriement à Mayotte dans un délai de cinq jours sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;

3°) de " préciser que toutes les dépenses liées à l'organisation de son séjour forcé aux Comores (nuit d'hôtel, perdiem, transport entre les îles,) et à son retour à Mayotte (billet retour, visa) seront intégralement pris en charge par la préfecture de Mayotte et / ou les services consulaires français dans l'Union des Comores ;

4°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision d'éloignement a été prise en violation du 2°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- son éloignement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Caille, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 13 février 2023 à 10 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Les parties ont été averties à l'audience, en application de l'article R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la demande " de préciser que toutes les dépenses liées à l'organisation de son séjour forcé aux Comores (nuit d'hôtel, perdiem, transport entre les îles,) et à son retour à Mayotte (billet retour, visa) seront intégralement pris en charge par la préfecture de Mayotte et / ou les services consulaires français dans l'Union des Comores ".

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caille, juge des référés,

- et les observations de Me Djafour, substituant Me Ghaem, avocate de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Un mémoire en défense présenté pour le préfet de Mayotte par Me Cano a été enregistré après l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante comorienne née le 19 janvier 2003 à Mamoudzou, a fait l'objet, par arrêté du préfet de Mayotte du 28 janvier 2023, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français et d'une interdiction de retour d'une durée d'un an. Elle a également été placée en rétention administrative par le préfet de Mayotte. Elle a été éloignée le 29 janvier 2023 sans avoir contesté la mesure prise à son encontre. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la mesure d'interdiction de retour prise par le préfet de Mayotte et d'enjoindre à ce dernier d'organiser son retour à Mayotte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C A, née le 19 janvier 2003 à Mamoudzou et âgée de vingt ans, a été scolarisée à Mayotte de manière continue depuis l'année scolaire 2009-2010 et la classe de CP, soit depuis treize ans, sa dernière inscription ayant été prise au lycée Younoussa Bamana pour l'année 2022-2023. Il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait quitté le territoire français depuis son arrivée à Mayotte où sa mère séjourne sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 23 janvier 2024. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour à Mayotte, et bien qu'elle soit célibataire et sans enfant, Mme A est fondée à soutenir que le préfet de Mayotte a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale normale en l'obligeant à quitter le territoire français sur lequel elle a toujours vécu et en lui faisant interdiction de retour pour une durée d'un an. Si la mesure d'éloignement a été exécutée et ne produit plus d'effets, l'interdiction de retour en litige continue de porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A.

5. Cette atteinte à sa situation est suffisamment grave et immédiate pour que, en l'absence de circonstances particulières, la condition d'urgence soit satisfaite. Il y a lieu, dès lors, de prononcer la suspension de l'interdiction de retour sur le territoire français faite à Mme A et d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre son retour à Mayotte dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il y a lieu d'enjoindre également au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les quarante-huit heures suivant son retour et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de ce retour. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " La demande tendant à ce que le juge des référés " précis[e] que toutes les dépenses liées à l'organisation de son séjour forcé aux Comores (nuit d'hôtel, perdiem, transport entre les îles,) et à son retour à Mayotte (billet retour, visa) seront intégralement pris en charge par la préfecture de Mayotte et / ou les services consulaires français dans l'Union des Comores " est dès lors irrecevable et ne peut qu'être rejetée. Il n'apparaît pas, au demeurant, qu'elle puisse constituer une des " mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale " dont l'intervention est prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Sur les frais de l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 2023/2177 du 28 janvier 2023 du préfet de Mayotte est suspendue en tant qu'il fait interdiction de retour sur le territoire français à Mme A.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, de nature à permettre le retour de Mme A à Mayotte dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour dans les quarante-huit heures suivant son retour et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de ce retour sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 14 février 2023.

Le juge des référés,

P.-O. CAILLE

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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