mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2300994 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | LOIRÉ - HENOCHSBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février et 24 mars 2023, la société Colas Mayotte représentée par Me Henochsberg demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a rejeté son offre pour la procédure de passation lancée par l'Etat en vue de l'attribution d'un marché global de performance portant sur la conception, la réalisation et l'exploitation-maintenance technique du collège de Bandraboua ;
2°) d'annuler la procédure de passation de ce marché, à compter de l'analyse des candidatures ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la candidature du groupement attributaire aurait dû être déclarée irrecevable, par application des dispositions de l'article R. 2144-7 du code de la commande publique ;
- en effet, il ressort des informations publiquement disponibles que le chiffre d'affaires annuel de la société Fayolle Construction International n'atteint pas le seuil minimal fixé à l'article 3.3 du règlement de dialogue en phase de candidature, prévu à l'article R. 2142-6 du code de la commande publique ;
- il ressort également des informations publiquement disponibles que la société Fayolle Construction International n'a pas présenté les références exigées à l'article 3.2 du règlement de dialogue en phase de candidature, prévu à l'article R. 2142-13 du code de la commande publique ;
- de manière générale, la société Fayolle Construction International ne présente pas un niveau de capacités humaines, professionnelles, matérielles et financières adapté pour assurer une exécution correcte du marché ;
- le recteur de l'académie de Mayotte ne démontre pas qu'il a pu valablement juger la candidature de la société Fayolle Construction International à l'aune des capacités de la totalité du groupe dont elle fait partie ;
- il n'est pas établi que le recteur de l'académie de Mayotte a sollicité et obtenu, dans le délai de six jours prévu à l'article 3.4 du règlement de la consultation de la phase candidature, les éléments de preuve de ce que la société Fayolle Construction International n'entre dans aucun des motifs d'exclusion, conformément aux dispositions de l'article R. 2144-5 du code de la commande publique ;
- le jury était irrégulièrement composé, au regard des prescriptions de l'article 3.2 du règlement de la consultation, faute notamment d'inclure un paysagiste-concepteur ;
- le dialogue compétitif s'est déroulé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2171-18 du code de la commande publique, en l'absence d'audition des candidats et faute d'avoir émis un avis motivé portant sur tous les critères d'attribution et tous les aspects de la prestation remise par les soumissionnaires ;
- ces manquements l'ont lésée, dès lors qu'elle a été classée en deuxième position.
Par quatre mémoires, enregistrés les 23 et 26 mars 2023, le recteur de l'académie de Mayotte, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la société Fayolle Construction International a, par l'intermédiaire de sa société-mère, justifié de son chiffre d'affaires consolidé sur les trois derniers exercices, qui excède largement le seuil de chiffre d'affaires annuel exigé ;
- elle a également justifié des trois références requises ;
- elle dispose de toutes les capacités requises pour l'exécution de ce marché ;
- elle a justifié des éléments de preuve démontrant qu'elle n'entrait dans aucun des cas d'interdiction de soumissionner ;
- le jury était régulièrement composé, même en l'absence d'un tiers de paysagistes-concepteurs dès lors que le projet a surtout un aspect bâtimentaire et que M. D E, intervenu en remplacement de M. F, ingénieur des travaux publics de l'Etat, disposait des compétences requises ;
- aucune disposition légale ou règlementaire n'impose au jury de procéder aux auditions des candidats de nouveau au stade des offres finales ;
- le jury a émis un avis motivé sur les offres ;
- en tout état de cause, aucun des manquements invoqués n'est susceptible d'avoir lésé la société requérante.
Par deux mémoires, enregistrés les 24 et 27 mars 2023, la société Fayolle Construction International, représentée par Me Hourcabie, conclut au rejet de la requête de la société Colas Mayotte et demande qu'il soit mis à la charge de cette dernière la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun des moyens invoqués au soutien de la requête n'est fondé, chacune des insuffisances alléguées manquant en fait ;
- en tout état de cause, aucun des manquements allégués n'est susceptible d'avoir lésé les intérêts de la société requérante.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 mars 2023 à 10 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M B A étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mars 2023 :
- le rapport de Mme C, les parties ayant été informées de ce que l'intervention, en cours d'instruction, d'une ordonnance du juge des référés de ce tribunal saisi sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative et portant sur le même marché, était susceptible de priver d'objet la requête de la société Colas Mayotte ;
- les observations de Me Henochsberg pour la société Colas Mayotte ;
- les observations de Me Hourcabie pour la société Fayolle Construction International ;
- et les observations de Me Gourdain, substituant Me Marchand, pour le recteur de l'académie de Mayotte.
Par une ordonnance du 27 mars 2023, en application de l'article R. 773-44 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au 30 mars 2023 à 12 heures (heure de Mayotte).
Un mémoire de la société Colas Mayotte, non communiqué, a été enregistré le 29 mars 2023 à 19 heures 29 (heure de Mayotte).
Par un mémoire en production de pièces, enregistré le 30 mars 2023, le recteur de l'académie de Mayotte a produit une copie de l'ordonnance n°2300993 du 26 mars 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Mayotte.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique () ".
2. La société Colas Mayotte demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a rejeté son offre pour la procédure de passation lancée par l'Etat en vue de l'attribution d'un marché global de performance portant sur la conception, la réalisation et l'exploitation-maintenance technique du collège de Bandraboua et d'annuler la procédure de passation de ce marché à compter de l'analyse des candidatures. Toutefois, par une ordonnance n°2300993 du 26 mars 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte a, sur recours de la société en nom collectif Société mahoraise de travaux publics et de construction, annulé la procédure de passation de ce marché, postérieurement à l'introduction du présent recours. Dès lors, les conclusions de la requête tendant, d'une part, à l'annulation de la décision du 15 février 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a rejeté l'offre de la requérante pour la procédure de passation lancée par l'Etat en vue de l'attribution de ce marché, d'autre part, à l'annulation de la procédure de passation à compter de l'analyse des candidatures sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que la société Colas Mayotte demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les autres parties soient mises à la charge de la société requérante.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société Colas Mayotte aux fins d'annulation de la décision du 15 février 2023 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a rejeté son offre pour la procédure de passation lancée par l'Etat en vue de l'attribution d'un marché global de performance portant sur la conception, la réalisation et l'exploitation-maintenance technique du collège de Bandraboua et d'annulation de la procédure de passation de ce marché, à compter de l'analyse des candidatures.
Article 2 : Les conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Colas Mayotte, à la société Fayolle Construction International et au recteur de l'académie de Mayotte.
Fait à Mamoudzou le 5 avril 2023.
La juge des référés,
A. C
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300994