samedi 11 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2301225 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2301075 du 6 mars 2023, le juge des référés du tribunal a notamment enjoint au préfet de Mayotte de faire bénéficier sans délai Mme B d'un hébergement d'urgence.
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 et 10 mars 2023 sous le n° 2301225, Mme C B, représentée par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement des articles L. 911-4 et L. 911-7 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de constater sa prise en charge à compter du jeudi 9 mars 2023 en fin de journée soit très exactement 78 heures après la notification de l'ordonnance rendue par le juge des référés aux termes de laquelle il était enjoint à l'Etat de lui faire bénéficier sans délai d'un hébergement avec ses deux enfants ;
2°) de constater qu'elle a été contrainte de saisir le juge des référés d'une requête en exécution sans laquelle il lui aurait été impossible de bénéficier d'un hébergement avec ses deux enfants ;
3°) de rappeler au préfet de Mayotte son obligation, en application de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, de prendre en charge toute personne sans abri en situation de détresse médicale, les femmes enceintes de plus de 5 mois ne faisant pas exception ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la directrice déléguée de la DEETS de Mayotte n'a répondu que le 8 mars 2023 à son courriel du 6 mars ;
- il ressort des échanges de son conseil avec différents interlocuteurs des informations contradictoires ;
- son conseil a dû multiplier les démarches afin qu'elle puisse bénéficier d'un hébergement avec ses deux enfants, et ce, conformément à l'injonction prononcée ;
- le juge des référés devra rappeler au préfet que l'admission en hébergement de femmes enceintes isolées, et donc particulièrement vulnérables, ne saurait être exceptionnelle ;
- la circonstance que l'Etat n'a pas pris ses dispositions près de neuf ans après l'entrée en vigueur de l'ordonnance portant application des dispositions du code de l'action sociale et des familles est sans incidence sur ses obligations ;
- le département de Mayotte ne saurait faire, systématiquement, exception à la règle de droit.
La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Caille, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 10 mars 2023 à 14 heures 30, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme A étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caille, juge des référés,
- les observations de Me Ali, substituant Me Ghaem, avocate de Mme B,
- et les observations de Mme B, qui confirme qu'elle est désormais hébergée avec ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante congolaise née le 26 juin 1986 à Univra (République démocratique du Congo), est entrée sur le territoire français en janvier 2023 et a présenté une demande d'asile, enregistrée à Mayotte, le 30 janvier 2023 qui est en cours d'examen. Par ordonnance n° 2301075 du 6 mars 2023, le juge des référés du tribunal a notamment enjoint au préfet de Mayotte de faire bénéficier sans délai à Mme B d'un hébergement d'urgence.
2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".
3. Dans le dernier état de ses écritures, Mme B demande au juge des référés de constater sa prise en charge à compter du jeudi 9 mars 2023 en fin de journée soit très exactement 78 heures après la notification de l'ordonnance rendue par le juge des référés aux termes de laquelle il était enjoint à l'Etat de lui (sic) faire bénéficier sans délai d'un hébergement avec ses deux enfants, de constater qu'elle a été contrainte de saisir le juge des référés d'une requête en exécution sans laquelle il lui aurait été impossible de bénéficier d'un hébergement avec ses deux enfants et de rappeler au préfet de Mayotte son obligation, en application de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, de prendre en charge toute personne sans abri en situation de détresse médicale, les femmes enceintes de plus de 5 mois ne faisant pas exception. Toutefois, aucune de ces demandes n'entre dans l'office du juge des référés tel qu'il est défini par les articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative. Au demeurant, aucune de ces mesures n'est de nature à permettre la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Les conclusions présentées de ces chefs ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 11 mars 2023.
Le juge des référés,
P.-O. CAILLE
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.