jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2301545 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | WTA-avocats (R. WEYL- F. WEYL - F. WEYL - E. TAULET) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 22 mars, 13 septembre et 28 novembre 2023, M. D A, représenté par Me Weyl, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du recteur de Mayotte rejetant implicitement sa demande du 2 février 2023 tendant au versement d'un complément d'indemnité de logement pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser ce complément d'indemnité de logement, avec intérêts au taux légal ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 054,34 euros à titre de dommages et intérêts ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- comme l'ont jugé le Conseil d'Etat le 27 juillet 2022, puis la cour administrative de Bordeaux le 8 juin 2023, l'indemnité de logement ne doit plus être plafonnée sur la base de l'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1986, lequel a été abrogé par l'arrêté du 25 septembre 2013 ;
- la minoration de son indemnité de logement a généré des troubles dans ses conditions d'existence ;
- le paiement effectué en cours d'instance ne rend pas sans objet l'ensemble de ses demandes.
Une mise en demeure a été adressée au recteur de Mayotte le 7 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 67-1039 du 29 novembre 1967 ;
- le décret n° 78-1159 du 12 décembre 1978 ;
- le décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013 ;
- l'arrêté du 6 janvier 1986 relatif à l'application du décret n° 67-1039 du 29 novembre 1967 ;
- l'arrêté du 25 septembre 2013 pris en application du décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013 ;
- le code de justice administrative.
Vu :
- l'arrêt CE n° 453370 du 27 juillet 2022 " Fédération syndicale unitaire (FSU) " ;
- l'arrêt CE n° 451979 du 23 septembre 2022 " Mme C et autres " ;
- l'arrêt n° 21BX03154 de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 8 juin 2023 " Mme B ".
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction issue du décret du 2 novembre 2016 : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () / 6° statuer sur les requêtes relevant d'une série qui, sans appeler de nouvelle appréciation ou qualification de faits, présentent à juger en droit, pour la juridiction saisie, des questions identiques (), pour le tribunal administratif, à celles tranchées ensemble par un même arrêt devenu irrévocable de la cour administrative d'appel dont il relève () ".
2. Par l'arrêt susvisé du 8 juin 2023 devenu irrévocable, la cour administrative d'appel de Bordeaux a jugé des questions identiques à celles soulevées par la présente requête, qui relève d'une série. Ainsi, la procédure prévue au 6° de l'article R. 222-1 est applicable en l'espèce.
3. M. A, professeur certifié, exerce ses fonctions à Mayotte depuis 2019. Par la décision litigieuse faisant suite à sa demande présentée le 2 février 2023, le recteur de Mayotte a implicitement refusé de verser à l'intéressé le complément d'indemnité de logement qu'il sollicitait pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022. La demande du 2 février 2023 s'appuyait sur la circonstance que le dispositif de plafonnement appliqué par l'administration sur la base de l'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1986 ne doit plus être mis en œuvre depuis l'abrogation de ce texte par l'article 3 de l'arrêté du 25 septembre 2013.
4. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 25 septembre 2013 pris en application du décret n° 2013-858 du 25 septembre 2013 : " L'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1986 susvisé est abrogé ". Il résulte des termes mêmes de cet article que l'arrêté du 25 septembre 2013, signé notamment par les ministres désignés à l'article 6 du décret du 29 novembre 1967, a eu pour effet d'abroger l'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1986 pour l'ensemble des agents auxquels celui-ci s'appliquait, et non pas seulement pour les agents du ministère de la défense.
5. Ainsi, le recteur de Mayotte a commis une illégalité en fondant son refus de versement, que ce soit pendant la période litigieuse du 1er juillet 2019 au 31 août 2022 ou lorsqu'il a été expressément sollicité par l'intéressé en février 2023, sur la prétendue inapplicabilité de l'abrogation de l'article 2 de l'arrêté du 6 janvier 1986. Il y a lieu d'annuler la décision attaquée.
6. S'agissant des conclusions par lesquelles M. A entend obtenir la condamnation de l'Etat à lui verser un complément d'indemnité pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022, il y a lieu de constater que l'administration a certes versé en cours d'instance, le 27 octobre 2023, une somme de 8 036,33 euros au titre de l'indemnité due pour la période susmentionnée, mais que ce montant est manifestement insuffisant au regard de la réalité des droits à l'indemnité de logement pour l'ensemble de la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022, lesquels avaient été évalués, à travers le tableau joint à la requête, à une somme de 10 271,72 euros. Dès lors, au-delà du non-lieu à statuer prononcé à concurrence de la somme de 8 036,33 euros, l'Etat doit être condamné à verser à M. A, pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022, une somme correspondant à la différence entre les sommes déjà versées au titre de cette période, y compris la somme susmentionnée de 8 036,33 euros, et les montants d'indemnité de logement qu'il aurait dû percevoir si le dispositif de loyer-plafond n'avait pas été appliqué pour le calcul de l'indemnité. La somme à verser sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2023.
7. Par ailleurs, le requérant soutient à juste titre, à l'égard du versement déjà effectué, que restent dus les intérêts au taux légal sur la somme de 8 036,33 euros pour la période du 2 février 2023 au 27 octobre 2023. Il y a lieu de prononcer une condamnation de ce chef.
8. En outre, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis par M. A en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 400 euros à titre de dommages et intérêts.
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La décision du recteur de Mayotte rejetant implicitement la demande de M. A du 2 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer, à concurrence du versement effectué le 27 octobre 2023 pour un montant de 8 036,33 euros, sur les conclusions à fin de versement d'un complément d'indemnité de logement pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à M. A, pour la période du 1er juillet 2019 au 31 août 2022, une somme complémentaire telle que décrite au point 6 des motifs de la présente ordonnance. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2023.
Article 4 : L'Etat est condamné à verser à M. A les intérêts au taux légal dus sur la somme de 8 036,33 euros au titre de la période du 2 février 2023 au 27 octobre 2023.
Article 5 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 400 euros à titre de dommages et intérêts.
Article 6 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au recteur de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 25 avril 2024.
Le président,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.