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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2301730

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2301730

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2301730
TypeDécision
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. C A, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 8 décembre 2022, par lequel le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai d'un mois, à destination des Comores ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal statue dans sa formation collégiale sur le recours au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de sa situation personnelle, en particulier l'état de santé de sa fille, et dès lors qu'il peut être éloigné à tout moment ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée en ce que le préfet a commis une erreur de droit en refusant d'examiner son admission au séjour en qualité d'accompagnant d'une enfant mineure malade ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision contestée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2301241 tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 du préfet de Mayotte.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 14 avril 2023 à 10 heures (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 avril 2023 :

- le rapport de Mme Khater, juge des référés ;

- les observations de Me Ghaem pour M. C A et celles de sa compagne, seule présente à l'audience ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de Mayotte a refusé d'admettre au séjour M. C A, ressortissant comorien né le 24 mai 1975 à Fomboni - Mohéli, au titre de ses liens personnels et familiaux sur le territoire et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination des Comores. M. A demande la suspension des effets de cet arrêté, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il résulte de l'instruction que M. A réside de manière continue à Mayotte au moins depuis l'année 2015, avec ses trois enfants nés en 2008, 2010 et 2012 aux Comores, tous scolarisés sur le territoire français et autorisés au séjour par des documents de circulation pour étranger mineur. Sa compagne est également titulaire d'une " carte de résident ", elle a été recrutée en août 2021 par un contrat à durée indéterminée en qualité d'enseignante contractuelle. En outre, M. A est particulièrement impliqué dans le suivi de la scolarité de ses enfants et démontre très précisément sa contribution à leur entretien et leur éducation. Il résulte également de l'instruction, que sa fille née en 2010 est titulaire d'une carte mobilité inclusion valable jusqu'en 2030 et que c'est M. A, son père, qui l'accompagne dans ses soins et en particulier aux nombreuses séances de kinésithérapie, nécessaires à son état de santé. Le témoignage de sa compagne corrobore notamment les pièces du dossier dans son implication auprès de sa fille en situation de handicap. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour dont M. A demande la suspension a pour effet de le placer dans une situation irrégulière. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Pour les mêmes considérations que celles précédemment énoncées au point 4 de la présente ordonnance, relativement à la situation personnelle et familiale de M. A, celui-ci est fondé à soutenir que le moyen tiré de la méconnaissance de son droit au respect de la vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour litigieux.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension des effets de la décision contestée. Il y a également lieu, dès lors, d'ordonner au préfet de Mayotte de délivrer à M. A, dans un délai de quatre jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance au greffe du tribunal, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à M. A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Les effets de l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai d'un mois sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte, dans un délai de quatre jours à compter de la mise à disposition de l'ordonnance au greffe du tribunal, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mers.

Fait à Mamoudzou, le 20 avril 2023.

La juge des référés,

A. KHATER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301730

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