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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2302010

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2302010

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2302010
TypeDécision
Avocat requérantDEDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Dedry, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté n°2023-9764036361 du 22 mars 2023, par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français à destination de Madagascar dans délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il peut être éloignée à destination des Comores à tout moment ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour en raison de l'incompétence de son signataire ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu consacré par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'elle constituerait ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, par voie de conséquence de l'illégalité du titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions fixant le pays de renvoi et d'interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mai 2023, le préfet de Mayotte, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2302009 enregistrée le 14 avril 2023 tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de Mayotte du 22 mars 2023.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droit de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 2 mai 2023 à 9 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cornevaux, juge des référés ;

- les observations de Me Dedry pour Mme A et celle-ci en ses déclarations ;

- et les observations de Me Cano pour le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 mars 2023, le préfet de Mayotte a refusé à Mme C A, ressortissante comorienne, née le 13 juillet 1997 à Domoni Badjini Ouest (Union des Comores), la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai d'un mois délai. Mme A demande au juge des référés la suspension des effets de cet arrêté, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. La décision en litige refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme A et lui fait obligation de quitter le territoire dans un délai d'un mois. Il est constant que l'arrêté attaqué place donc la requérante dans la situation d'être éloignée à tout moment dès lors que le délai de départ volontaire est écoulé, à la date de la saisine du juge des référés. Par suite, la requérante, doit être regardée comme justifiant de la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité des décisions litigieuses :

5. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. (). Or, il résulte de l'instruction que si la décision du préfet du 22 mars 2023 contestée est bien revêtue de la signature d'un agent de la préfecture sous laquelle est indiquée sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux de la circulation et de l'asile, il n'est nullement fait mention de ses nom et prénom, ne permettant pas ainsi au juge des référés d'opérer son contrôle quant à la compétence de l'auteur de l'acte. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'une incompétence liée à l'auteur de l'acte, est de nature dans les circonstances de l'espèce, à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour ainsi que de la mesure d'éloignement du 22 mars 2023.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets de la décision litigieuse jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir

Mme A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à Mme A la somme de 600 euros au titre des frais exposés.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté préfectoral n°2023-9764036361 du 22 mars 2023 est suspendue jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme C A, dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour autorisant l'intéressée à travailler dans l'attente du jugement sur sa requête au fond tendant à l'annulation de la décision attaquée.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer.

Copie en sera adressée au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 23 mai 2023.

Le juge des référés,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302010

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