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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2302200

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2302200

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2302200
TypeDécision
Avocat requérantCACCIAPAGLIA MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, Mme B Madi, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 février 2023, notifiée le 2 mars suivant, par laquelle le département de Mayotte a suspendu, à titre provisoire, pour une durée de quatre mois, son agrément à exercer en qualité d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre au président du département de Mayotte de rétablir son agrément sous quinze jours, à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de Mayotte la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors que l'exécution de la décision de suspension de son agrément la place dans une situation de précarité financière, la privant de revenus mensuels de l'ordre de 5 400 euros ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'acte attaqué qui est entaché d'un vice d'incompétence, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé en fait, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;

- il est entaché d'un vice de procédure, à défaut de saisine de la commission consultative paritaire départementale pour information de la suspension d'agrément et de transmission des éléments du dossier administratif à l'assistant familial suspendu ;

- il a été pris en méconnaissance des droits de la défense pour les mêmes raisons ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'urgence de suspendre l'assistant familial alors que les faits reprochés sont anciens, que le département de Mayotte n'a pas procédé aux diligences nécessaires pour apprécier la réalité du risque présenté par le milieu de garde et qu'à la date de la suspension, les enfants confiés avaient déjà été réorientés depuis quatre mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le département de Mayotte conclut au rejet de la requête de Mme Madi.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie par la seule perte de revenus de Mme Madi alors qu'est également en jeu l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2302200, enregistrée le 3 mai 2023 par laquelle Mme Madi demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 30 mai 2023 à 10 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Khater, juge des référés ;

- les observations de Me Rahmani pour Mme Madi qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ;

- les observations de M. A pour le département de Mayotte.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B Madi s'est vu délivrer un agrément en qualité d'assistante familiale par depuis le 24 novembre 2016, renouvelé pour une durée de cinq ans le 24 novembre 2021. Par un arrêté du 28 décembre 2018, cet agrément a été étendu à trois places d'accueil. Suite à une plainte pour viol déposée par l'une des jeunes majeures confiées à Mme Madi, le président du conseil départemental de Mayotte a retiré les quatre jeunes confiés à Mme Madi et par décision du 21 février 2023, notifiée le 2 mars suivant, a suspendu, à titre provisoire, pour une durée de quatre mois, l'agrément de cette dernière à exercer en qualité d'assistante familiale. Mme Madi demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, Mme Madi fait valoir que cette décision la prive de l'exercice de son activité professionnelle et qu'elle ne perçoit plus de salaire de la part du département, ce qui la priverait d'un revenu de l'ordre de 5 400 euros. Toutefois, outre qu'elle ne justifie pas du montant des revenus qu'elle percevait avant la décision attaquée, Mme Madi ne produit aucun justificatif relatif à la situation financière et patrimoniale réelle de son foyer. Par ailleurs, la garantie de la santé, de la sécurité et de l'épanouissement des mineurs constitue un élément majeur de la protection des mineurs et des majeurs de vingt et un ans accueillis au domicile d'un assistant familial. Il ressort des pièces du dossier que la mesure en litige fait suite à la dénonciation par l'une des majeures accueillies, de faits de nature criminelle, dont elle se dit victime de la part du fils de Mme Madi. Au regard de l'ensemble de ces éléments, compte tenu tant de la situation de la requérante que de l'intérêt public qui s'attache à la protection des mineurs et jeunes majeurs, et alors que la condition d'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement, en tenant compte de l'ensemble des intérêts en présence, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie en l'espèce.

5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, la requête présentée par Mme Madi ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme Madi est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée Mme B Madi et au département de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 19 juin 2023.

La juge des référés,

A. KHATER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302200

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