jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2302259 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ASSELINEAU & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, Mme C D, représentée par Me Levy, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui donner un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai qui n'excède pas quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme. D soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est placée en situation de précarité puisqu'elle ne peut travailler sans être régularisée et l'expose à une mesure d'éloignement alors qu'elle est mariée avec un ressortissant français avec lequel elle a eu une fille, née le 5 août 2022;
- la condition d'utilité est remplie dès lors qu'elle a droit à un titre de séjour ;
- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;
- il n'existe aucune contestation sérieuse.
La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante rwandaise, a présenté une demande de titre de séjour adressée par son conseil à la préfecture de Mayotte le 16 mars 2023, à la suite de nombreuses tentatives infructueuses directement sur le site de la préfecture de Mayotte. En l'absence de réponse Mme D demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui octroyer un rendez-vous afin de bénéficier d'un titre de séjour sollicité.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. Il résulte de l'instruction que Mme D a tout d'abord déposé sa demande de titre de séjour par le site internet de l'administration numérique des étrangers en France mais s'est vu opposer le message constant de la préfecture de Mayotte à savoir " qu'il n'existe plus de plage horaire libre pour la demande de rendez-vous ", et qu'il est indiqué que le demandeur doit recommencer ultérieurement. Le 16 mars 2023, le conseil de la requérante, à la suite de deux courriers adressés en recommandés avec avis de réception, restés sans réponse en date des 10 janvier et 14 mars 2023, a présenté une demande de titre de séjour, réceptionnée le 23 mars de la même année par les services préfectoraux. Dans ces conditions, dès lors, d'une part, que Mme D justifie avoir effectué plusieurs tentatives sur le site de la préfecture de Mayotte ainsi que par correspondances ayant été effectuées à plusieurs périodes de présenter une demande de titre de séjour et qu'au surplus les services de la préfecture ne l'invitent pas à renouveler sa tentative ni ne lui indiquent la démarche qu'elle devrait suivre dans sa situation, d'autre part, que, compte tenu de l'ancienneté de sa présence sur le territoire de Mayotte, de la réalité et de l'ancienneté de sa relation avec un ressortissant française, M. B A, avec lequel, au demeurant elle est en concubinage depuis le 1er juillet 2021, et justifie de la réalité d'une communauté de vie communauté de vie avec cette personne. Mme D établit aussi de sa parfaite intégration par l'existence d'une promesse d'embauche depuis le mois d'août 2021 pour un poste de serveuse qu'elle risque de ne pouvoir conserver, faute pour elle de voir sa situation régularisée. Ainsi, l'intéressée doit être regardée comme justifiant, dans les circonstances particulières de l'espèce, de ce que sont remplies les conditions mentionnées à l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de Mayotte de communiquer à Mme D, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous pour qu'il puisse présenter une demande de titre de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a pas lieu en revanche d'enjoindre au préfet de délivrer au requérant un récépissé de la demande de titre de séjour sollicitée l'autorisant à travailler, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de donner un rendez-vous à Mme D dans les conditions mentionnées au point 6.
Article 2 : L'Etat versera à Mme D la somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au Préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 1er juin 2023.
Le président,
G. CORNEVAUX
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302259