mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2302528 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DEDRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 6 juin 2023, M. B D, représenté par Me Dédry, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension des effets de l'arrêté préfectoral n°2023-9764064950 du 14 avril 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il est susceptible d'être éloigné à tout moment et que la condition d'urgence est en principe constaté un cas de refus de renouvèlement d'un titre de séjour ou du retrait de celui-ci ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son signataire, dés lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte ;
- la mesure d'éloignement litigieux n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- le refus de séjour litigieux est entachée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside à Mayotte de manière continue depuis 2006, qu'il y a été scolarisé, et qu'il y a établi le centre de ses intérêts personnel et familiaux, entouré de sa tante, Mme F C, ressortissante française, ainsi que de l'époux de celle-ci, M. A C, également ressortissant français, titulaires de l'autorité parentale à son égard depuis octobre 2011, au domicile desquels il a toujours résidé et avec lesquels il nourrit des liens filiaux.
- par la voie de l'exception, la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est entachée d'illégalité du fait de celle du refus de titre de séjour qui la fonde ;
- la même mesure méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que le refus de titre litigieux ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité du refus de titre et de la mesure d'éloignement litigieux ;
Par un mémoire enregistré le 26 juin 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens de la requête n'est susceptible de faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 6 juin 2023, sous le n° 2302527 par laquelle M. B D demande l'annulation de l'arrêté attaqué dans le cadre de la présente instance ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 juin 2023, à 10h30 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme E étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, et entendu les observations de Me Dédry, avocat du requérant, en présence du requérant, le préfet de Mayotte n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté 14 avril 2023, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. B D, ressortissant comorien né le 13 février 1998, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. B D demande la suspension des effets de ces deux décisions.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des certificats de scolarité produits pour les années 2006/2007 à 2015/2016, que le requérant réside à Mayotte depuis au moins la rentrée scolaire 2006, soit plus de 15 années à la date de l'arrêté litigieux et l'âge de 8 ans. Il résulte également de l'instruction que le requérant a obtenu un certificat d'aptitude professionnel " constructeur en béton armé du bâtiment ", en juin 2016, que son père est décédé le 27 décembre 2003, et qu'il entretient des liens de type filial à Mme F C et M. A C, ressortissants français qui l'ont prise en charge depuis son arrivée à Mayotte, tout deux présents à l'audience, et qui ont notamment obtenu une délégation d'autorité parentale pour ce faire, par jugement judiciaire du 11 octobre 2011. Au demeurant, il résulte des pièces produites à l'audience par le conseil du requérant, que sa mère est présente à Mayotte, et qu'elle a déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale ", en qualité d'étranger malade.
6. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la condition d'urgence est satisfaite et que le moyen tiré de la violation du droit au respect de sa vie privée et familiale, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets des décisions litigieuses jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur leur légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros.
ORDONNE :
Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux du 14 avril 2023 sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Article 3 : L'Etat versera au requérant la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Mayotte
Fait à Mamoudzou, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.