mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2302581 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ZOUBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 8 juin 2023, M. G A, représenté par Me Zoubert, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension des effets de l'arrêté préfectoral du 9 janvier 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français à destination des Comores et interdiction d'y revenir pendant une durée de 3 années ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, également sous astreinte de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux ne lui a été notifié qu'en mai 2023 ;
- la condition de l'urgence est remplie dés lors que l'arrêté litigieux porte refus de renouvellement d'un titre de séjour expiré le 4 octobre 2022, dont il avait demandé le renouvellement le 17 novembre 2022. Il bénéficiait d'un tel renouvellement depuis 2014.
- le refus de séjour litigieux est entaché d'incompétence de son signataire, dés lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte et qu'il n'est pas justifié son signataire, M. E B, dispose d'une délégation de signature consentie par le préfet de Mayotte ;
- le même refus n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire lui permettant de porter à la connaissance des services préfectoraux l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle et familiale, et notamment de la stabilité de sa vie commune avec la mère de ses 4 enfants.
- le refus de séjour litigieux méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie contribuer à l'éducation et l'entretien de ses enfants français mineurs et qu'il n'est pas en situation de polygamie. Par ailleurs, sa présence à Mayotte ne représente pas une menace pour l'ordre public, contrairement à ce que soutient le préfet soutient dans la décision litigieuse sur le fondement d'une condamnation ancienne, prononcée le 24 avril 2019, à une simple peine d'amende ;
- pour les mêmes motifs, le refus litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une extrême gravité de cette décision sur la situation de ces enfants ;
- le refus de séjour litigieux est entachée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dés lors qu'il est père de 5 enfants nés et résidants à Mayotte ;
- le même refus méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dés lors qu'il est père d'enfants mineurs ;
- la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est entachée d'incompétence de son signataire, dés lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte et qu'il n'est pas justifié son signataire, M. E B, dispose d'une délégation de signature consentie par le préfet de Mayotte ;
- la même décision est entachée d'une insuffisance de motivation, en tant qu'elle ne vise pas les dispositions de l'article L. 611-1 du ceseda ;
- la même décision méconnait l'interdiction d'éloigner les étrangers parents d'enfants énoncé par le 5° de l'article L. 611-3 du ceseda ;
- la même mesure méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que le refus de titre litigieux ;
- la même décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il est père d'enfants mineurs ;
- la même mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences d'une extrême gravité de cette décision sur la situation de ces enfants ;
- la décision lui refusant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'interdiction de retour est entachée d'incompétence de son signataire, dés lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte et qu'il n'est pas justifié son signataire, M. E B, dispose d'une délégation de signature consentie par le préfet de Mayotte ;
- la même décision est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-2 du ceseda ;
- la même décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dés lors qu'elle n'est pas motivée au regard de l'ensemble des critères prévues par l'article L. 612-10 du ceseda ;
- la même décision méconnait sont droit au respect de sa vie privée et familiale, dés lors qu'il réside à Mayotte depuis 2009, qu'il a toujours été en situation régulière et qu'il vit avec sa famille sur le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 26 juin 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, car le recours au fond a été enregistré tardivement le 9 juin 2023, plus de 2 mois après la notification de l'arrêté litigieux le 18 janvier 2023 ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- aucun des moyens de la requête n'est susceptible de faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 juin 2023, sous le n° 2302553 par laquelle M. G A demande l'annulation de l'arrêté attaqué dans le cadre de la présente instance ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 juin 2023, à 10h30 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme F étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes, ni représentées ;
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté 9 janvier 2023, le préfet de Mayotte a refusé de renouveler le titre de séjour " vie privée et familiale " de M. G A, ressortissant comorien né le 16 février 1980, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, et d'une interdiction de retour pendant une durée de 3 années. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. G A demande la suspension des effets de ces 3 décisions.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Par les pièces qu'il produit, le préfet de Mayotte ne justifie pas de la date de première présentation de la lettre avec accusé de réception par laquelle il soutient avoir notifié l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la requête au fond contre l'arrêté litigieux a été enregistrée tardivement le 8 juin 2023, et, par suite, que la présente requête est irrecevable.
3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté litigieux porte refus de renouvèlement du titre de séjour délivré au requérant le 5 octobre 2021, et parvenu à expiration le 4 octobre 2022, et dont il a demandé le renouvellement le 17 novembre 2022. Il résulte également de l'instruction que le requérant séjournait régulièrement à Mayotte depuis le 4 février 2015, sous couvert de 3 titres de séjour successifs. Dans ces conditions, la condition d'urgence est satisfaite ;
4. Il résulte de l'instruction, et notamment des actes de naissance à Mayotte des enfants du requérant en 2009, 2015 et 2016, qui mentionnent leur reconnaissance par leur père à la naissance, de l'acte de mariage civil du requérant célébré le 18 juillet 2014 à Chirongui avec la mère de ses enfants, Mme C D, ainsi que des 3 titres de séjours délivrés au requérant entre 2015 et 2022, que le requérant justifie d'une résidence continue à Mayotte au moins depuis 2009, soit 14 années à la date de la décision litigieuse. En outre, il résulte de l'instruction que ses enfants mineurs et leur mère résident régulièrement sur le territoire français, en métropole, et que le requérant contribue à leur entretien. Enfin, à elle-seule, la circonstance que le requérant a été condamné au paiement ' une amende de 600 euros avec sursis par jugement correctionnel du 24 avril 2019 pour des faits d'escroquerie n'établit pas que sa présence sur le territoire français représente une menace suffisante à l'ordre public de nature à justifier un refus de renouvellement de titre de séjour.
6. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le moyen tiré de la violation du droit au respect de sa vie privée et familiale, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets des décisions litigieuses jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur leur légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros.
ORDONNE :
Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux du 9 janvier 2023 sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Article 3 : L'Etat versera au requérant la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G A et au ministre de l'intérieur.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Mayotte
Fait à Mamoudzou, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.