vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2302705 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement le 17 juin 2023 et le 6 juillet 2023, Mme E C A et M. F D, représentés par Me Arnal, Me Biju-Duval, Me Blanchot, Me Ghaem, Me Joubin, Me Lefevre, Me Magdelaine, Me Sarasqueta et Me Tercero, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n°2023-SG-412 du 12 mai 2023 portant évacuation et destruction des constructions bâties illicitement sises à Hamouro (Secteur B), commune de Bandrélé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de se désister du bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou subsidiairement le versement de la même somme aux requérants sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté litigieux ;
- la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'évacuation programmée sans solution effective de relogement ou d'hébergement d'urgence ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en fait ;
- il repose sur une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il ne vise pas un ensemble homogène au sens de la loi ELAN ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 197 de la loi ELAN, faute de justifier, avant son adoption et produit en annexe, de la réalité et de la consistance d'une proposition d'hébergement et de relogement adaptée à leur situation familiale et satisfaisant les conditions d'un logement décent au sens du code de la construction et de l'habitation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- aucun moyen invoqué n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux.
Vu :
- la requête n°2302718 enregistrée le 17 juin 2023 par laquelle Mme C A et M. D demandent l'annulation de l'arrêté litigieux ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 7 juillet 2023 à 11 heures, heure de Mayotte, la magistrate siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Khater, juge des référés,
- les observations de Me Trouvé, substituant Me Ghaem, représentant Mme C A et M. D ;
- les observations de Me Tamil pour le préfet de Mayotte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requérants demandent au juge des référés, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n°2023-SG-412 du 12 mai 2023 portant évacuation et destruction des constructions bâties illicitement au lieu-dit Hamouro (secteur B) sur la commune de Bandrélé, sur le fondement des dispositions de l'article 197 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 197 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " Après l'article 11 de la loi n 2011-725 du 23 juin 2011 portant dispositions particulières relatives aux quartiers d'habitat informel et à la lutte contre l'habitat indigne dans les départements et régions d'outre-mer, il est inséré un article 11-1 ainsi rédigé : / " Art. 11-1.-I.-A Mayotte et en Guyane, lorsque des locaux ou installations édifiés sans droit ni titre constituent un habitat informel au sens du deuxième alinéa de l'article 1er-1 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement forment un ensemble homogène sur un ou plusieurs terrains d'assiette et présentent des risques graves pour la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique, le représentant de l'Etat dans le département peut, par arrêté, ordonner aux occupants de ces locaux et installations d'évacuer les lieux et aux propriétaires de procéder à leur démolition à l'issue de l'évacuation. L'arrêté prescrit toutes mesures nécessaires pour empêcher l'accès et l'usage de cet ensemble de locaux et installations au fur et à mesure de leur évacuation. / Un rapport motivé établi par les services chargés de l'hygiène et de la sécurité placés sous l'autorité du représentant de l'Etat dans le département et une proposition de relogement ou d'hébergement d'urgence adaptée à chaque occupant sont annexés à l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent I. / ".
4. Il résulte des indications non contredites et pièces produites par le préfet de Mayotte que l'habitation des requérants, le banga n°47, se situe dans le périmètre Hamouro secteur C qui n'est pas visé par l'arrêté préfectoral du 12 mai 2023 dont il est demandé la suspension. Cet arrêté ne porte donc en lui-même aucune atteinte aux droits de Mme E C A et M. F D. Il suit de là que les intéressés sont dépourvus d'intérêt à en demander la suspension de l'exécution.
5. Les conclusions présentées par Mme E C A et M. F D à fins de suspension de l'exécution de l'arrêté préfectoral n°2023-SG-412 du 12 mai 2023 ne peuvent donc qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Pour les mêmes raisons, la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doit également être rejetée.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme sollicitée par le préfet de Mayotte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme E C A et M. F D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de Mayotte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C A et M. F D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet de Mayotte et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Fait à Mamoudzou, le 21 juillet 2023.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302705