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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2302710

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2302710

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2302710
TypeDécision
Avocat requérantDEDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, M. F B, représenté par Me Dedry, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension des effets de l'arrêté préfectoral n°2023-9765027387 du 10 mai 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination des Comores ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il est susceptible d'être éloigné à tout moment et que la condition d'urgence est en principe constatée un cas de refus de renouvèlement d'un titre de séjour ou du retrait de celui-ci ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de son signataire, dés lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte ;

- la mesure d'éloignement litigieuse n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;

- le refus de séjour litigieux est entachée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside à Mayotte de manière continue depuis 1997, qu'il est père de 4 enfants nés à Mayotte de son union avec Mme D, compatriote en situation régulière, qui subvient aux besoins matériels de la famille. En outre, il est entouré à Mayotte d'une demi-sœur, Mme E, en situation régulière ;

- le même refus méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dés lors qu'il est père d'enfants mineurs ;

- par la voie de l'exception, la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est entachée d'illégalité du fait de celle du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- la même mesure méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que le refus de titre litigieux ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité du refus de titre et de la mesure d'éloignement litigieux ;

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 juin 2023, sous le n° 2302709 par laquelle M. F B demande l'annulation de l'arrêté attaqué dans le cadre de la présente instance ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 4 juillet 2023, à 11 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, et entendu les observations de Me Dedry, avocat du requérant, présent à l'audience, et de Me Bekpoli , avocat du préfet de Mayotte ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 10 mai 2023, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. F B, ressortissant comorien né le 25 février 1978, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois, en fixant les Comores comme pays de destination. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M.F B demande la suspension des effets de ces 3 décisions, ainsi qu'il y est recevable à le faire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment des actes de naissances des enfants du requérant, nés à Mayotte en 2014, 2015, 2018 et 2020, qui mentionnent la reconnaissance des enfants par leur père à la naissance, que M. B réside à Mayotte au moins de puis l'année 2014, soit 9 années à la date de l'arrêté litigieux. Il résulte également de l'instruction, que le requérant vit maritalement avec Mme D, compatriote en situation régulière présente à l'audience, et qu'ils élèvent ensemble les 4 enfants nés de leur union, également présents à l'audience.

4. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la condition d'urgence est satisfaite et que le moyen tiré de la violation du droit au respect de sa vie privée et familiale, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets des décisions litigieuses jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur leur légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros.

ORDONNE :

Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux du 10 mai 2023 sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.

Article 3 : L'Etat versera au requérant la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F B et au ministre de l'intérieur.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet de Mayotte

Fait à Mamoudzou, le 4 juillet 2023.

Le juge des référés,

F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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