mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2302716 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. A I, et un mémoire en production enregistré le 2 juillet 2023, représenté par Me Gahem, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension des effets de l'arrêté préfectoral du 12 avril 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois à destination des Comores ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " vie privée et familiale " jusqu'à ce que le tribunal statue dans sa formation collégiale sur le recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux, et l'autorisant à travailler, dans un délai de 5 jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors l'arrêté litigieux est truffé d'approximations et d'erreurs de fait, ce qui révèle que sa demande de titre n'a pas fait l'objet d'un examen attentif de part des services de la préfecture, qu'il risque à tout moment d'être interpellé et rapidement éloigné de Mayotte, laissant derrière lui sa compagne et leurs deux enfants âgés de 1 et 2 ans et qu'il craint de perdre son emploi salarié si son employeur découvre sa situation, alors que les ressources financières provenant de cet emploi participe à la prise en charge des besoins de sa famille. En outre, il réside à Mayotte depuis 5 années, vit en concubinage avec une compatriote en situation régulière en qualité de mère d'enfants français, et leurs deux enfants, âgées de 1 et 2 ans, à l'entretien et l'éducation desquels ils contribuent ensemble. Enfin, il justifie d'une intégration remarquable dans la société française, puisqu'il a été recruté par le rectorat de Mayotte en qualité d'enseignant en physique-chimie de lycée.
- le refus de séjour litigieux est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquels un titre de séjour " vie privée et familiale " est délivré de plein droit à l'étranger parent d'enfants français, dés lors que ses deux enfants nés de son union avec Mme E sont français par application de la règle relative au double droit du sol, leur mère étant native de Mayotte, et les enfants y étant eux-mêmes nés. Par ailleurs, il justifie de sa contribution à leur éducation et leur entretien ;
- sa demande de titre n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation personnelle, dés lors que l'arrêté litigieux passe sous silence des informations capitales le concernant, à commencer par sa vie maritale avec Mme E, mère de ses deux enfants, en situation régulière, et qui l'a accompagné en préfecture à l'occasion de son rendez-vous.
- le refus de séjour litigieux est entachée méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il justifie de sa vie maritale avec Mme E, titulaire d'un titre de séjour et mère de ses deux enfants ;
- le refus de séjour litigieux est entachée d'une erreur d'appréciation en tant qu'il est fondé sur l'absence de preuve de son intégration dans la société française, alors qu'il parle un français impeccable et qu'il n'eut aucune difficulté à trouver un emploi public dépendant du rectorat de Mayotte ;
- le même refus méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dés lors qu'il est père d'enfants mineurs nés de son union avec une mère qui réside régulièrement à Mayotte et qu'il contribue à leur éducation et leur entretien ;
Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 juin 2023 sous le n°2302659 par laquelle M. A I demande l'annulation de l'arrêté attaqué dans le cadre de la présente instance ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 4 juillet 2023, à 11 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B F étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, et entendu les observations de Me Djaffour, qui substitue Me Gahem, avocat du requérant, et Me Bekpoli, avocat du préfet de Mayotte,
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 12 avril 2023, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. A I, ressortissant comorien né le 1er avril 1986, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. A I demande la suspension des effets de ces 2 décisions.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte de l'instruction que le requérant réside à Mayotte de manière continue au moins de puis septembre 2018, soit une durée de presque cinq années à la date de l'arrêté litigieux. Il résulte également de l'instruction qu'il vit maritalement avec Mme D E, compatriote en situation régulière, et qu'il est père de deux enfants nés à Mayotte de leur union en août 2021 et août 2022, Nasar et Nasrine, avec lesquels il vit avec leur mère au domicile de sa sœur, Mme C G, ressortissante française. Il résulte enfin de l'instruction que le requérant est employé par le rectorat de Mayotte en qualité d'enseignant de physique-chimie.
4. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la condition d'urgence est satisfaite et que le moyen tiré de la violation du droit au respect de sa vie privée et familiale, est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets des décisions litigieuses jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur leur légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Sur les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros.
ORDONNE :
Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux du 12 avril 2023 sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.
Article 3 : L'Etat versera au requérant la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A I et au Préfet de Mayotte.
Copie de la présente ordonnance sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 4 juillet 2023.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.