mardi 1 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303138 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DEDRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Dédry, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution des arrêtés n° 10680/2023 du 16 mai 2023 par lesquels le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée au regard de sa situation personnelle et dès lors qu'il peut être éloigné à tout moment, en l'absence de caractère suspensif du recours en annulation qu'il a formé contre les arrêtés en litige ;
- les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sa liberté d'aller et venir sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés contestés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 15 juillet 2023 sous le n° 2303137, tendant à l'annulation des arrêtés du préfet de Mayotte du 16 mai 2023 émis à l'encontre de M. B.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais né le 18 janvier 1992 à Kinshasa (République démocratique du Congo), est entré sur le territoire français à Mayotte en 2018. Il a présenté une demande d'asile, enregistrée le 7 juin 2018, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 31 janvier 2019, confirmée le 4 décembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande de réexamen a été rejetée par une décision d'irrecevabilité rendue par l'Ofpra le 15 décembre 2020. Par deux arrêtés n° 10680/2023 du 16 mai 2023, le préfet de Mayotte a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai et l'a assigné à résidence. M. B demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. / () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que M. B, né aux Comores en 1992, entré à Mayotte en 2018, a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée. Sa demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité, le 15 décembre 2020. Le requérant, qui soutient vivre avec une ressortissante burundaise, mère d'un enfant né au Burundi en 2021, lequel s'est vu reconnaître la qualité de réfugié le 26 décembre 2022, ne démontre pas la communauté de vie alléguée. En outre, par les seules factures qu'il verse au dossier, M. B n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Ainsi, il ne justifie pas l'intensité et la stabilité de ses liens privés et familiaux sur le territoire. Par ailleurs, s'il produit une promesse d'embauche en date du 23 janvier 2023, M. B ne soutient, ni même n'allègue avoir présenté une demande de titre de séjour, à ce titre. Ni sa participation à la vie de l'association de la " Communauté chrétienne des frères du bon samaritain ", déclarée en préfecture en novembre 2019, ni les avis de non-imposition dont il ressort qu'il n'a déclaré aucun revenu au titre des années 2018 et 2022, ne suffisent à établir son insertion au sein de la société mahoraise. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas que les décisions dont il demande la suspension préjudicient de manière grave et immédiate à ses intérêts. Par suite, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 précité, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut en l'espèce être considérée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées, il y a lieu, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. B sans instruction ni audience, en ce compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de procès.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 1er août 2023.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.