jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303152 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Mohamed, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 16035/2023 du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de A l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de A de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel elle est exposée ;
- sa présence sur le territoire ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née le 4 décembre 1981 à Ouzioini Grande-Comore (Union des Comores), demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 16035/2023 du 17 juillet 2023, en tant que le préfet de A lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination, et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Mme B, ressortissante comorienne née en 1981, soutient qu'elle réside depuis 2001 à A et qu'elle y vit avec son conjoint et leurs deux enfants. Toutefois, par les seuls documents qu'elle verse à l'appui de ses allégations, la requérante n'établit pas le caractère ancien et continu de son séjour sur le territoire. Si elle est la mère de deux filles nées à A en 2007 et 2010, de son union avec un ressortissant comorien dont elle n'établit pas qu'il serait titulaire d'un titre de séjour, Mme B ne démontre pas la communauté de vie alléguée. Ainsi, tandis qu'elle ne justifie que très partiellement de la scolarisation de ses deux enfants à A et qu'elle n'apporte aucun élément de nature à justifier son insertion au sein de la société mahoraise, la requérante ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Union des Comores, pays dont elle a la nationalité. Dans ces conditions, alors même qu'elle fait valoir une situation d'urgence, Mme B n'est manifestement pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et en fixant le pays de destination, le préfet de A aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qui s'attachent à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants.
4. Il résulte de ce qui précède que, pour regrettable que soit l'exécution prématurée de la mesure d'éloignement en cours d'instance, laquelle méconnaît les dispositions de l'article L. 761-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de la requête de Mme B, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B et au préfet de A.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 20 juillet 2023.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de A en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.