lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303207 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BELLIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 16335/2023 du 21 juillet 2023, en tant que le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée par l'éloignement imminent auquel il est exposé ;
- la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant comorien né le 20 mars 1971 à Oussivo (Union des Comores), a présenté une demande d'admission au séjour qui a été rejetée par un arrêté du préfet de Mayotte du 6 mai 2023, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et fixant le pays destination. L'intéressé s'étant maintenu sur le territoire, le préfet, par un arrêté n° 16335/2023 du 21 juillet 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. M. A demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. M. A, né aux Comores en 1971, soutient être arrivé à Mayotte en 2009 et y avoir ancré sa vie privée et familiale. Il résulte de l'instruction qu'il est le père de quatre enfants nés aux Comores, d'une première union, en 1999, 2002, 2004 et 2009, dont il ne justifie que partiellement de leur scolarisation à Mayotte, au plut tôt à partir de l'année 2016. S'il est le père d'un enfant né à Mayotte en 2016, d'une seconde union, à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue au moins partiellement, l'attestation rédigée pour la circonstance par sa nouvelle épouse, titulaire d'un titre de séjour, ne suffit pas à démontrer la communauté de vie alléguée. Par ailleurs, les documents que M. A verse à l'appui de ses allégations, en particulier quelques factures, sept avis de non-imposition dont il ressort qu'il n'a déclaré aucun revenu, ses relevés de compte bancaire pour la seule période de janvier à juin 2023, et une promesse d'embauche établie suite à un entretien du 1er juillet 2023, ne démontrent pas l'ancienneté et la continuité de son séjour sur le territoire de Mayotte. Dans ces conditions, alors même qu'il fait valoir une situation d'urgence résultant de son placement en rétention administrative, M. A n'est manifestement pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de la requête de M. A, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 31 juillet 2023.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.