lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303277 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BELLIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 30 juillet 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et d'instruire sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et à tout le moins le temps d'obtenir ses documents d'identité français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises à Madagascar, son retour à Mayotte aux frais de l'Etat ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, d'erreur de droit, et porte à son encontre une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et à sa liberté d'aller et venir dès lors qu'il est français et qu'il a constitué en France l'ensemble de sa vie privée et familiale ;
- son éloignement à destination de Madagascar alors qu'il avait saisi le juge des référés porte une atteinte disproportionnée à son droit à un recours effectif.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2023 le préfet de Mayotte, représenté par le cabinet Centaure, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens sont infondés.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 31 juillet 2023 à 14h (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baizet, juge des référés ;
- les observations de Me Renaudin, pour M. A, non présent, qui confirme ses écritures ;
- les observations de Me Ben Attia pour le préfet de Mayotte, qui confirme ses écritures et ajoute qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la mesure d'éloignement qui a été exécutée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Mayotte a fait obligation le 30 juillet 2023 à M. B A de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement des dispositions précitées et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai et qu'il est possible de prendre utilement de telles mesures. Celles-ci doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B A a été exécutée le 31 juillet 2023. Les conclusions tendant à la suspension de cette décision ont ainsi perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que seules les atteintes à une liberté fondamentale peuvent être utilement invoquées devant le juge des référés statuant sur le fondement de ces dispositions. Par suite, les moyens tenant à l'illégalité de l'arrêté en litige, en ce qu'il serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de droit, doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B A, ressortissant malgache né le 12 décembre 1989, soutient qu'en raison de la nationalité française de son père, qui l'a reconnu pendant sa minorité, il a introduit une demande de certificat de nationalité française et une procédure devant le tribunal judiciaire. Alors que la nationalité française ne se présume pas, M. B A ne justifie pas, ni dans ses écritures, ni à l'audience, de sa nationalité ou de l'introduction des procédures précitées. Si M. B A soutient résider à Mayotte depuis 2014, il ne l'établit pas. La seule présence en France d'une enfant, née à Madagascar en 2015, scolarisée à Mayotte seulement depuis 2022, et dont la nationalité française alléguée n'est nullement démontrée, ne saurait suffire à établir que M. B A aurait constitué en France le centre de sa vie privée et familiale, l'intéressé ne produisant en outre aucune pièce relative aux membres de sa famille qui seraient présents à Mayotte, ni aucune pièce de nature à établir une quelconque insertion sur le territoire. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à sa liberté d'aller et venir en prenant à son encontre l'interdiction de retour sur le territoire français en litige.
7. En conséquence, à la supposer établie, la circonstance que l'administration aurait porté atteinte au droit à un recours effectif, au sens de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en mettant à exécution prématurément la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé, n'est pas de nature, en l'espèce, à justifier le prononcé d'une injonction de retour.
8. Il suit de là que le surplus des conclusions aux fins de suspension doit être rejeté ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 juillet 2023 du préfet de Mayotte en tant qu'il fait obligation à M. B A de quitter le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur
Fait à Mamoudzou, le 31 juillet 2023.
La juge des référés,
E. BAIZET
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision