mercredi 13 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303425 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | KARJANIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2023 sous le n° 2303425, M. D A, représenté par Me Karjania, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 30 juin 2023 prononçant sa radiation des cadres à compter du 14 mai 2023 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa réintégration ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- il est urgent de suspendre la mesure litigieuse, qui a pour effet de le priver de ses revenus ;
- la décision n'a pas été signé par une personne habilitée ;
- le principe de non-rétroactivité a été méconnu ;
- la radiation se fonde sur une condamnation sur CRPC qui, ayant été frappée d'appel, n'est pas définitive en application de l'article 495-11 du code de procédure pénale ;
- en application des dispositions du code général de la fonction publique, la radiation n'était pas la seule mesure susceptible d'être prise ; ont été occultées les possibilités de reclassement, de détachement, de mise à disposition ou de mise en disponibilité ouvertes par le code général de la fonction publique et qui, au regard des missions susceptibles d'être confiées aux fonctionnaires actifs de la police nationale et du caractère non définitif de la condamnation, auraient dû être mises en œuvre.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Le ministre soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- c'est à bon droit qu'il a prononcé la radiation des cadres de l'intéressé, cette mesure étant rendue nécessaire par le caractère immédiatement exécutoire de l'ordonnance d'homologation de peine sur CRPC rendue par le tribunal judiciaire de Mamoudzou le 14 mai 2023 ;
- les moyens soulevés par le requérant doivent être écartés comme infondés ou inopérants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la requête enregistrée le 17 juillet 2023 sous le n° 2303159 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision ministérielle susmentionnée.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui a eu lieu le 8 septembre 2023 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de Me Karjania, avocat du requérant, qui confirme les conclusions et moyens du référé ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Par l'arrêté ministériel du 30 juin 2023 dont il est demandé la suspension d'exécution, M. A, gardien de la paix, a été radié des cadres à compter du 14 mai 2023. Cette mesure de radiation a été prononcée en considération des motifs suivants : " M. A a été reconnu coupable, par une ordonnance d'homologation du tribunal judiciaire de Mamoudzou datée du 14 mai 2023, consécutive à une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, des faits qualifiés de violences volontaires () avec cette circonstance que les faits ont été commis par une personne dépositaire de l'autorité publique ; il a été condamné à la peine principale de 16 mois d'emprisonnement assorti du sursis probatoire pendant 2 ans et, à titre de peine complémentaire, à 2 ans d'interdiction d'exercer l'activité professionnelle ayant permis la commission de l'infraction - police nationale ; / en application des dispositions de l'article 495-11 du code de procédure pénale, cette ordonnance d'homologation a les effets d'un jugement de condamnation immédiatement exécutoire, nonobstant l'exercices des voies de recours, soit à compter du 14 mai 2023 ; / en application de l'article L. 550-1 du code général de la fonction publique, il résulte de l'interdiction par décision de justice d'exercer l'emploi public de policier, la cessation définitive de fonctions qui entraîne la radiation des cadres et la perte de la qualité de fonctionnaire ".
3. Lorsqu'un agent public a été condamné pénalement à une peine complémentaire d'interdiction d'exercer, à titre définitif ou temporaire, les fonctions dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice desquelles l'infraction a été commise, il appartient à l'autorité administrative de tirer les conséquences nécessaires de cette condamnation. Cette autorité est tenue de prononcer sa radiation des cadres lorsque l'intéressé ne pourrait être affecté à un nouvel emploi correspondant à son grade, sans méconnaître l'étendue de l'interdiction d'exercice prononcée par le juge pénal (cf en dernier lieu : CE 10/07/2023 n° 470058 Garde des sceaux, ministre de la justice c/ M. B).
4. Par ailleurs, il résulte de l'article 495-11 du code de procédure pénale que l'ordonnance d'homologation sur CRPC " a les effets d'un jugement de condamnation " et " est immédiatement exécutoire ". Ce caractère immédiatement exécutoire n'est pas affecté par la circonstance que l'ordonnance " peut faire l'objet d'un appel de la part du condamné, conformément aux dispositions des articles 498, 500, 502 et 505 ".
5. En l'état de l'instruction, il n'apparaît pas que l'un ou l'autre des moyens invoqués par M. A, qui est confronté, par l'effet de l'ordonnance d'homologation sur CRPC du 14 mai 2023, laquelle est exécutoire nonobstant l'appel interjeté par l'intéressé, à une condamnation lui faisant interdiction d'exercer l'ensemble des fonctions se rattachant à son statut de fonctionnaire de la police nationale, soit de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité la mesure de radiation des cadres prononcée le 30 juin 2023 avec effet au 14 mai 2023.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que la requête en référé-suspension ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 13 septembre 2023.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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