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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2303428

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2303428

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2303428
TypeDécision
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2023 sous le n° 2303428, M. A D B A, représenté par Me Hesler, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du préfet de Mayotte du 12 juin 2023 portant retrait de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B A soutient que :

- l'urgence est justifiée par l'intensité de ses attaches à Mayotte, où il est arrivé à l'âge de 9 ans et mène sa vie familiale, subvenant aux besoins de ses quatre enfants, dont deux ont la nationalité française, et par la nécessité de conserver son titre de séjour pour continuer à travailler et faire face à ses charges familiales ;

- eu égard à l'ancienneté de son séjour et à l'intensité de ses attaches familiales à Mayotte, ainsi qu'à sa bonne intégration et à l'absence d'une réelle menace à l'ordre public, le retrait de titre de séjour et l'OQTF méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et celles de l'article 3-1 de la convention de New-York.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de Mayotte, représenté par Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête enregistrée le 14 août 2023 sous le n° 2303426 par laquelle M. B A demande l'annulation de l'arrêté susmentionné.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 8 septembre 2023 à 14 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;

- les observations de Me Hesler, avocat du requérant, qui confirme ses conclusions et moyens ;

- les observations de Me Basmajian, avocat du préfet de Mayotte, qui confirme les écritures en défense.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par sa requête n° 2303428 déposée le 14 août 2023, M. B A, ressortissant comorien né en 1995, demande au juge des référés, parallèlement à sa requête au fond, de suspendre l'arrêté du 12 juin 2023 par lequel le préfet de Mayotte a retiré son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

3. Au titre de l'urgence, M. B A invoque non seulement la particulière intensité de ses liens personnels et familiaux à Mayotte, où il vit depuis qu'il y est arrivé à l'âge de 9 ans, mais encore la nécessité de conserver son titre de séjour pour pouvoir travailler et faire face à ses charges familiales, assurant l'entretien de ses quatre enfants dont deux ont la nationalité française. Dans ces conditions, le requérant peut être regardé comme faisant état de circonstances particulières de nature à justifier une intervention du juge du référé-suspension avant que le tribunal ne statue sur la requête au fond. La condition d'urgence est donc remplie.

4. En l'état de l'instruction, le moyen par lequel M. B A, qui se prévaut du caractère isolé des faits de violence pour lesquels une condamnation légère - quatre mois d'emprisonnement avec sursis - a été prononcée à son encontre en mars 2023, invoque le caractère disproportionné de la mesure litigieuse au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité, en toutes ses dispositions, de l'arrêté préfectoral du 12 juin 2023. Il en va de même, en l'état de l'instruction, du moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B A est fondé à demander la suspension de l'arrêté du préfet de Mayotte du 12 juin 2023 portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

6. La suspension de l'arrêté litigieux implique qu'il soit enjoint à l'administration de réexaminer la situation de M. B A, lequel se verra délivrer, dans un délai de dix jours suivant la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire français et d'y travailler. Il n'y a pas lieu, pour l'heure, d'assortir l'injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à M. B A une somme de 800 euros au titre des frais exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Mayotte du 12 juin 2023 retirant le titre de séjour de M. B A et lui faisant obligation de quitter le territoire français est suspendu.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de M. B A, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler devant être délivrée à l'intéressé dans un délai de dix jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B A et au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 14 septembre 2023.

Le juge des référés,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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