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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2303440

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2303440

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2303440
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantBELLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2023, M. D A, représenté par Me Belliard, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 16 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) et interdiction de retour pour une durée de 1 an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est urgent de mettre fin aux mesures prises à son encontre, qui ont pour effet de l'exposer à un éloignement imminent et durable ;

- les agissements de l'administration méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, celles de l'article 3-1 de la convention de New-York et les dispositions de l'article L. 611-3, 5° du CESEDA.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2023, le préfet de Mayotte, représenté par Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée en ce qui concerne l'IRTF ;

- les éléments invoqués par la requérante ne démontrent pas l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 18 août 2023 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, M. C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;

- les observations de Me Ratrimoarivony substituant Me Belliard, avocat du requérant, qui confirme les conclusions et moyens du référé et insiste, d'une part, sur l'effectivité de la vie familiale et, d'autre part, sur l'ancienneté des faits ayant donné lieu à la condamnation évoquée par le préfet.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

2. Il résulte de l'instruction écrite et des éléments circonstanciés présentés à l'audience que M. B A, ressortissant comorien né le 12 juin 1988, réside à Mayotte depuis l'adolescence, des justificatifs de scolarité étant produits au moins depuis 2005, et qu'il y mène sa vie familiale auprès de sa compagne, ressortissante française, et des quatre enfants du couple, nés à Mamoudzou en 2014, 2015, 2021 et 2022, qui ont également la nationalité française. Il justifie en outre de sa bonne intégration, notamment à la faveur de l'activité professionnelle qu'il a exercé à l'époque où il disposait d'un titre de séjour. La condamnation évoquée par le préfet, qui concerne des faits commis il y a près de dix ans, n'est pas de nature à démontrer, par elle-même, l'existence d'une menace pour l'ordre public présentant un caractère significatif et actuel. Dans ces conditions, l'arrêté du 16 août 2023, qui fait suite à une décision de refus de titre de séjour en date du 25 novembre 2022 qui n'a pas été régulièrement notifiée à l'intéressé, par lequel le préfet a soumis M. B A à une OQTF avec interdiction de retour, porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette mesure d'éloignement méconnait également l'intérêt supérieur de l'enfant au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il y a lieu de constater l'atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale. Au demeurant, les précédentes mesures d'éloignement prises à l'encontre de M. B A avaient déjà été censurées par le juge des référés, à travers les ordonnances n° 2201261 et n° 2205956 des 27 mars 2022 et 30 novembre 2022, au motif qu'elles méconnaissaient les stipulations susmentionnées de la convention européenne des droits de l'homme et de la convention de New-York.

3. M. B A étant exposé à la mise à exécution de la mesure d'éloignement, la condition d'urgence caractérisée est remplie en l'espèce.

4. Il résulte de ce qui précède que la suspension d'exécution doit être prononcée à l'égard de l'OQTF ainsi que, par voie de conséquence, de l'interdiction de retour.

5. Il y a lieu, en raison de la suspension de la mesure d'éloignement et compte tenu du caractère non exécutoire, faute de notification régulière, de la décision de refus de titre de séjour du 25 novembre 2022, d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B A, une autorisation provisoire de séjour devant lui être délivrée dans un délai de huit jours.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à M. B A une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 16 août 2023 faisant obligation à M. B A de quitter le territoire français et lui interdisant d'y retourner pendant un an est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B A dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 ; L'Etat versera à M. B A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 18 août 2023.

Le juge des référés,

M.-A. AEBISCHER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303440

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