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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2303469

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2303469

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2303469
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantMOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2023, Mme B A, représentée par Me Mohamed, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2023-9765030308 du 1er juin 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour et lui a délivré une obligation de quitter le territoire français (OQTF) dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B A soutient que :

- il est urgent de mettre fin aux mesures prises à son encontre, qui ont pour effet de l'exposer à un éloignement imminent et durable ;

- l'acte attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de justice administrative ;

- l'arrêté préfectoral est intervenu en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2023, le préfet de Mayotte représenté par la Serlarl Centaure, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée ;

- les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la CEDH ainsi que des dispositions du 7° de l'article L 423 et L 423-13 du CESEDA protégeant le droit au respect de la vie privée et familiale ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la requête enregistrée le 21 août 2023 sous le numéro 2303468 par laquelle

Mme B A, demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 14 septembre 2023 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cornevaux, juge des référés ;

- les observations de Me Mohamed pour Mme B A ;

- et les observations de Me Basmadjian le préfet de Mayotte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

4. Il résulte de l'instruction et des débats à l'audience que Mme A, ressortissante comorienne née le 26 juillet 1986, réside à Mayotte depuis 2016 et qu'il y mène sa vie familiale depuis son arrivée et qu'elle est mère de deux enfants dont un français née le 19 septembre 2019 qui réside avec sa mère. L'intéressée a entrepris depuis plusieurs années des démarches en vue de la régularisation de sa situation puisqu'elle a été mise en possession de deux autorisations provisoires de séjour. Il résulte l'instruction que la requérante participe à l'entretien, à hauteur de ses possibilités et à l'éducation de ses enfants notamment par la vente de pâtisseries. Dans ces circonstances, l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel Mme A a été soumise à une OQTF porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. L'intéressé demeure exposé à la mise à exécution de la mesure d'éloignement. Ainsi, la condition d'urgence caractérisée est remplie en l'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède que la suspension d'exécution doit être prononcée à l'égard de l'OQTF.

7. Il y a lieu, en conséquence de la suspension de la mesure d'éloignement, d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à Mme A une somme de 800 euros au titre des frais exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 1er juin 2023 faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français est suspendue au plus tard jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer, dans un délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour à Mme A.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 19 septembre 2023.

Le juge des référés,

Gil Cornevaux

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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