mercredi 30 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303537 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ZOUBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2023, M. B E, représentée par Me Zoubert, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du 29 août 2023, par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à destination des Comores ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine alors qu'il est père d'enfants français scolarisés à Mayotte ;
- la mesure d'éloignement litigieux porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside à Mayotte de manière continue depuis 2011 et qu'il est père de 3 enfants français mineurs âgés de 9, 11 et 13 ans, à l'éducation et l'entretien desquels il contribue. En outre, il est dans l'attente qu'il soit statué sur une demande de titre enregistré le 1er avril 2022 ;
- la même mesure méconnait l'intérêt supérieur de ses trois enfants, protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 30 août 2023, le préfet de Mayotte, représenté par le cabinet centaure, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que la requérante peut demander l'abrogation de cette mesure et qu'aucun refus d'abrogation n'est encore né ;
- la mesure d'éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, par les pièces qu'il produit, la requérante ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour à Mayotte, de la réalité d'attaches personnelles et familiales et qu'elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou universitaire. Le requérant et sa conjointe ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmé par le tribunal, par décision des 29 mai 2023 et 27 juin 2023 ;
- la même mesure ne méconnait pas l'intérêt supérieur du seul enfant mineur du requérant, dès lors qu'il ne justifie pas de sa contribution à son éducation et son entretien depuis au moins 2 années.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative au droit de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 30 août 2023 à 15h00 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme D étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir, au cours de l'audience publique présenté son rapport, entendu les observations du requérant, en l'absence de son avocat, Me Zoubert, ainsi que celles de Me Marchand, avocat du préfet de Mayotte.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté n° 18810/2023 du 29 août 2023, le préfet de Mayotte a fait obligation à M. B E, ressortissant malgache né le 31 janvier 1965, de quitter le territoire français sans délai à destination des Comores et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'une année. Dans le cadre de la présente instance, M. E demande la suspension de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d'être éloigné à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont il demande la suspension.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
6. A l'audience, le requérant reconnait être absent de Mayotte entre 2010 et 2018. Il reconnait également que sa compagne et mère de ses 3 enfants, Mme A C, ressortissante malgache, se trouve en situation irrégulière à Mayotte. Il reconnait encore que 2 de ses 3 enfants sont majeurs, ce qui, au demeurant ressort des pièces du dossier. Dans ces conditions, eu égard à son âge, le requérant ne peut se prévaloir d'un séjour ancien à Mayotte. Par ailleurs, rien ne s'oppose à ce qu'il reconstitue sa cellule familiale dans son pays d'origine, dont tous les membres de sa cellule familiale ont la nationalité.
7. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou qu'elle méconnait l'intérêt supérieur de ses enfants.
8. Par suite, la requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par M. B E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. B E et au préfet de Mayotte. Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 30 août 2023.
Le juge des référés,
F. SAUVAGEOT
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.