mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303583 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2023, M. B D, représenté par Me Mohamed Avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n°2023-9768015137 du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a refusé le bénéfice au séjour, l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français et a prononcé une interdiction de retour pour une période de trois années ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3° de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- l'urgence est caractérisée car il est soumis à un risque d'éloignement à tout moment alors qu'il poursuit sa scolarité sur territoire ;
- le doute sérieux est caractérisé par la violation des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de Mayotte représenté par la Selarl Centaure, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la CEDH ainsi que des dispositions de l'article L-611-3 du CESEDA ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 septembre 2023 sous le numéro 2303582 par laquelle
M. B D, demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 5 octobre 2023 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A C, étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cornevaux, juge des référés ;
- les observations de Me Mohamed pour M. D;
- et les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B D, ressortissant Comorien, né le 6 avril 2003 à Domoni-Anjouan (Union des Comores) demande au juge des référés la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 3 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision. ".
3. Dès lors que M. D B fait l'objet d'une mesure d'éloignement présentant un caractère exécutoire, il justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il résulte de l'instruction que le requérant, né en 2003, réside à Mayotte depuis, au moins, l'année 2009. Il a suivi à Mayotte toute sa scolarité primaire et secondaire et produit une attestation d'inscription en première année d'enseignement supérieur pour l'année 2023-2024. Il réside chez ses parents qui vivent à Mayotte, notamment avec sa mère qui est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En l'espèce, s'il n'est pas contesté que M. D est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, ces faits anciens et isolés qui n'ont donné lieu ni à poursuite ou condamnation et n'ont fait l'objet que d'un simple signalement au fichier du traitement des antécédents judiciaires ne permettent pas de regarder le comportement de l'intéressé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, au regard de l'ancienneté de séjour de M. D B et de la présence régulière à Mayotte de ses parents, il est fondé à soutenir que le moyen tiré de la méconnaissance de son droit au respect de la vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement litigieux.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D est fondé à demander la suspension des effets de l'arrêté contesté. Il y a également lieu, dès lors, d'ordonner au préfet de Mayotte de délivrer à M. D, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat à verser à M. D une somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Les effets de l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de délivrer à M. B D un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance, de délivrer à M. D une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera délivrée au Préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 10 octobre 2023.
Le juge des référés,
G. CORNEVAUX
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303583