jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2303713 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | HESLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, Mme D C, représentée par Me Hesler, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui octroyer un titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée, au regard de sa situation personnelle et familiale et du risque d'éloignement auquel elle est exposée ;
- les moyens tirés de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que ceux tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation, sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 septembre 2023 sous le n° 2303714, tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé l'admission au séjour de Mme C, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne des droits de l'homme ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante comorienne née le 21 octobre 2000 à Moroni (Union des Comores), en séjour régulier à Mayotte depuis 2020, a sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour, dont la validité a expiré le 2 septembre 2022. Par arrêté du 19 juillet 2023, le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. Mme C demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
6. Si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
7. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le demandeur du titre de séjour " vie privée et familiale " se prévalant de la qualité de parent d'un enfant français est tenu, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, de justifier que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.
8. En l'espèce, Mme C, née en Union des Comores en octobre 2000, est entrée irrégulièrement à Mayotte. Elle est la mère du jeune B, né à Mamoudzou le 8 juin 2017 alors qu'elle était âgée de seize ans, lequel a été reconnu dans les jours suivant sa naissance par M. A C, ressortissant français né en 1977. Mme C a, en conséquence, sollicité et obtenu la délivrance, en 2020, d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Pour refuser le renouvellement de son dernier titre de séjour dont la validité a expiré le 2 septembre 2022, le préfet de Mayotte s'est notamment fondé sur ce que M. C, qui réside désormais à Marseille et a été entendu dans le cadre d'une enquête administrative portant sur des reconnaissances multiples de paternité, a déclaré avoir reconnu vingt-huit enfants qui résident auprès de leurs mères à Marseille, à La Réunion et à Mayotte, et qu'il ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de tous ces enfants, dont quatorze sont nés d'autant de femmes différentes entre 2007 et 2017, lesquelles étaient initialement en situation irrégulière, et dont trois sont nés en 2017, le jeune B n'étant cependant pas au nombre des dix-neuf enfants que l'intéressé a été en mesure d'énumérer. Si malgré ce faisceau d'indices susceptible de caractériser une reconnaissance frauduleuse de paternité, le préfet de Mayotte n'établit pas précisément que B, qui n'est pas déchu de la nationalité française, ne serait pas le fils biologique de M. A C, la requérante, qui n'apporte pas la moindre précision au sujet du père de l'enfant, dont elle ne produit pas même la pièce d'identité et avec lequel elle ne se prévaut d'aucune communauté de vie, ne soutient, ni même n'allègue que celui-ci contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils déclaré, et ne verse au dossier aucun document de nature à en justifier. Par suite, les moyens soulevés par Mme C, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que ceux tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation, ne sont manifestement pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu, par application de l'article L. 522-3 de ce code, de rejeter la requête de Mme C sans instruction ni audience, en ce compris ses conclusions aux fins d'injonction, au demeurant irrecevables, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme D C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 2 novembre 2023.
Le juge des référés,
V. RAMIN
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.