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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2303998

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2303998

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2303998
TypeDécision
Avocat requérantDEDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2023, M. B D, représenté par Me Dédry, demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension des effets de l'arrêté préfectoral n°2023-9764085328 du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et fixé la République Démocratique du Congo comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence est remplie dés lors que la mesure d'éloignement est susceptible d'être mise en œuvre à tout moment. En outre, la condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre ou d'un retrait de celui-ci ;

- l'arrêté litigieux est entachée d'incompétence de son signataire, dès lors qu'il n'est pas signé par le préfet de Mayotte, seul compétent pour rejeter une demande de titre et délivrer une obligation de quitter le territoire français ;

- la mesure d'éloignement litigieuse n'a pas été précédée d'un contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article 41 da la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union européenne et des principes généraux du droit de l'Union ;

- le refus de titre litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside de manière continue à Mayotte depuis 2018, qu'il vit maritalement avec Mme A C, compatriote titulaire d'une carte de résident, et qu'il élève ensemble l'enfant né à Mayotte de leur union, Chris-Junior. En outre, il est membre actif du groupe musical " Royaume du Kongo " et est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société " Résidence Maharaja " ;

- le même refus de titre méconnait l'intérêt supérieur de son enfant mineur ;

- la mesure d'éloignement est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité du refus de titre qui en constitue le fondement ;

- la même mesure est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes motifs que le refus de titre litigieux

- la décision fixant le pays de destination est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité du refus de titre et de la mesure d'éloignement qui en constituent le fondement ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ;

- toute exception d'illégalité sera écartée, chaque mesure étant régulière ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 3 août 2023, sous le n° 2303314 laquelle M. D demande l'annulation de l'arrêté litigieux ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative ;

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 24 octobre 2023 à 13 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme E étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- présenté son rapport,

- entendu les observations de Me Dédry, avocat du requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, et, en outre, soutient que l'arrêté litigieux méconnait l'intérêt supérieur de son enfant. Il informe également le tribunal que le requérant est absent de l'audience pour cause d'hospitalisation, suite à une violente agression ;

- entendu les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte, qui soulève une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ;

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n°2023-9764085328 du 2 juin 2023, le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " à M. B D, ressortissant de la République Démocratique du Congo (RDC), né le 28 décembre 1998, et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois, à destination de la RDC ou de tout pays où l'intéressé est légalement admissible. Dans le cadre de la présente instance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. D demande la suspension des effets de ces trois décisions.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'espèce, en l'état de l'instruction, aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses.

4. Par suite, pour ce seul motif, il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence ou sur la fin de non-recevoir soulevée en défense.

ORDONNE :

Article 1er : La requête est rejetée dans toutes ses conclusions.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au préfet de Mayotte.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 24 octobre 2023.

Le juge des référés,

F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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