mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2304062 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AHAMADA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2023, M. C B A, représenté par Me Ahamada, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 22488 du 15 octobre 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a délivré une obligation de quitter le territoire français (OQTF), assortie d'une interdiction de retour d'un an et fixant le pays de destination et prononcé une mesure de rétention administrative ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'ordonner en cas de mise à exécution de la mesure, le retour de M C B A aux frais de l'Etat sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C B A soutient que :
- La condition d'urgence est remplie dès lors que M C B A fait l'objet d'une mesure de rétention administrative ;
- l'arrêté préfectoral est intervenu en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
-il méconnaît les stipulations de l'article 3.1 et de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
-il porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de Mayotte représenté par Me Ben Attia, SELARL CENTAURE AVOCATS conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas caractérisée s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la CEDH n'est pas fondé ;
-le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant n'est pas fondé ;
-le moyen tiré de l'atteinte à la liberté d'aller et venir n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 17 octobre à 10 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M.Elfakir étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi, juge des référés ;
- les observations de M. C B A , en l'absence de son avocat régulièrement avisé ;
- et les observations de Me Ben Attia, SELARL CENTAURE AVOCATS, pour le préfet de Mayotte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. M. C B A ressortissant comorien né le 31 décembre 1986 à Vanamboini (Comores) soutient résider à Mayotte depuis plus de cinq ans où il déclare avoir le centre de ses intérêts personnels et familiaux, étant père d'un enfant né à Mamoudzou le 26 janvier 2017. Cependant, d'une part il ne démontre pas avoir cherché à régulariser sa situation au cours de cette période, l'attestation d'hébergement qu'il produit étant contredite par ses propres déclarations consignées dans le procès-verbal d'interpellation faisant état de sa situation de " sans domicile fixe ", et ne justifie pas d'avantage d'une insertion particulière en France. D'autre part, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, contribuer de manière effective à l'entretien ni à l'éducation de son enfant qui serait en réalité pris en charge par un autre membre de la famille. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses porteraient une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant.
3. Aux termes des stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant " 1. Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ". M. C B A ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations, dès lors qu'elles créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droit aux personnes physiques. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
4.. Eu égard au caractère irrégulier de son séjour à Mayotte, M C B A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de la liberté d'aller et venir.
5. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai et d'interdiction de retour sur le territoire français prises à l'encontre de l'intéressé ne peuvent, dès lors qu'elles sont manifestement infondées, qu'être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter l'ensemble des autres conclusions de la requête
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M C B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M.C B A et au préfet de Mayotte .
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 18 octobre 2023.
Le juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.