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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304067

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304067

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304067
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2023, M. A B de l'or E, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 juin 2023 en tant que le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour, a annulé le récépissé l'autorisant provisoirement au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quatre jours, et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée au regard des conséquences, sur sa vie privée et familiale et l'intérêt supérieur de son enfant, de l'éloignement au risque duquel il est exposé à tout moment ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'inopposabilité de l'article L. 412-1 du même code, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, invoqués à l'encontre des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, ainsi que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du même code, invoqué à l'encontre de la mesure d'éloignement, sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 octobre 2023 sous le n° 2304066, tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé l'admission au séjour de M. E et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, qui a eu lieu le 6 novembre 2023 à 14h00, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de Mme Madhoine, greffière d'audience présente au tribunal administratif de Mayotte.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Ramin, juge des référés ;

- les observations de Me Belliard, représentant M. E et de l'intéressé, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B de l'or E, ressortissant malgache né le 5 mars 1996 à Marolaka (Madagascar), est entré irrégulièrement à Mayotte en février 2020, selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en 2022. Par arrêté du 6 juin 2023, notifié le 12 septembre 2023, le préfet de Mayotte a refusé de l'admettre au séjour, a annulé tout document valide délivré par le service des migrations et de l'intégration, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination. M. E demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, annulation du récépissé l'autorisant provisoirement au séjour et obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

7. Il résulte de l'instruction que M. E, qui soutient résider à Mayotte depuis février 2020, a sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour en 2022, en qualité de parent d'enfant français. L'intéressé est le père de la jeune C, née à Mamoudzou le 20 juillet 2021, de son union avec Mme D, dont il ne produit pas le justificatif d'identité. Si sa fille, qu'il a reconnue dans les jours qui ont suivi sa naissance, est de nationalité française, M. E est séparée de la mère de cette enfant, avec laquelle il ne justifie au demeurant pas d'une communauté de vie antérieure. Par les documents qu'il joint à l'appui de sa requête, le requérant, qui établit des dépenses au profit de sa fille inférieures à 40 euros en 2021 et à 150 euros en 2022, et ne démontre aucune dépense effectuée en 2023, alors qu'il percevait un salaire mensuel de près de 1 170 euros à compter du mois de février, en tant que salarié sous contrat à durée déterminée d'une entreprise de transport, ne justifie pas de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant française mineure, ni même de la poursuite d'une relation affective avec elle, depuis la séparation du couple.

8. Ainsi, en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. E à l'encontre, d'une part, des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'inopposabilité de l'article L. 412-1 du même code, et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et à l'encontre, d'autre part, de la mesure d'éloignement, tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du même code, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu de rejeter la requête de M. E, en ce compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B de l'or E et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 7 novembre 2023.

Le juge des référés,

V. RAMIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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