vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2304082 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | AARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, Mme A, représentée par Me Belliard demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte n°22732 du 17 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour d'une durée d'un an;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation et ce, sous astreinte;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- La condition d'urgence est remplie ;
- -il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect à de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la CESDHFL
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A , ressortissante de nationalité comorienne née le 7 août 1999 demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 17 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conclusions fondées sur l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L.522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L.521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1. ".
3. MmeAnlimoudine Nadjida a été placée en rétention administrative en vue de son éloignement imminent vers l'Union des Comores. Dans ces conditions, elle justifie de l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention la convention européenne des droits de l'homme : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° I 2304083l ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. MmeAnlimoudine Nadjida soutient avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux à Mayotte : elle a contracté mariage en 2019 avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, avec lequel elle a eu deux enfants nés respectivement en 2020 et 2022. Toutefois elle produit notamment un passeport comorien mentionnant une adresse aux Comores, un acte de mariage datant de 2019, célébré aux Comores qui contredisent la réalité de sa présence régulière sur le territoire où elle apparaît s'être maintenue en dépit du refus de titre de séjour en date du 13 août 2021 alors même qu'elle avait obtenu du juge des référés le 3 novembre 2021 la suspension d'un précédent arrêté l'obligeant à quitter le territoire et qu'elle n'établit pas avoir effectué de démarches depuis cette date en vue de régulariser sa situation . En dernier lieu, le versement de deux clichés photographiques non datés, du carnet de santé de l'enfant né en 2020 dont les dernières mentions remontent à l'année 2021, de pièces se rapportant à la situation du père des enfants, en situation régulière ne suffit pas à attester l'effectivité de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement litigieuse ne relève aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
6. Il résulte de ce précède que les conclusions à fin de suspension de la requête doivent être rejetées. Il y a également lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au préfet de Mayotte.
Copie au ministre de l'intérieur et des outre mer pour information.
Fait à Mamoudzou, le 20 octobre 2023.
Le juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier