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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304116

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304116

dimanche 22 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304116
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 et 21 octobre 2023, Mme C A D, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté n° 22949/2023 du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est susceptible d'être éloignée à tout moment vers son pays d'origine en exécution de mesure attaquée, ce qui la priverait de la possibilité de poursuivre ses études ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle réside à Mayotte depuis sa naissance en 2001, y a poursuivi toute sa scolarité et qu'outre son, père, en situation régulière y réside, sa fratrie dont une partie possède la nationalité française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la selarl Claisse et associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que la requérante peut demander l'abrogation de cette mesure et qu'aucun refus d'abrogation n'est encore né ;

- le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant en référé liberté ainsi que mes moyens tirés du défaut de compétente ou de l'insuffisance de motivation ;

- l'arrêté litigieux ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, par les pièces qu'elle produit, la requérante ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour à Mayotte, et qu'elle est majeure, célibataire et sans charage de famille.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 22 octobre 2023 à 10 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique, que M. Cornevaux ait présenté son rapport, et entendu :

- le conseil de Mme A D n'étant pas présente, les observations de la requérante ;

- les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte, qui confirme les écritures en défense et qui fait remarquer qu'une demande est présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, alors qu'aucun document ne permet de justifier le paiement d'honoraires émanant de la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 octobre 2023, le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme C A D, ressortissante comorienne née le 09 novembre 2001, de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans le cadre de la présente instance, Mme C A demande la suspension des effets de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. L'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, la condition d'urgence est remplie dès lors que la requérante est susceptible d'être éloignée à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d'éloignement dont elle demande la suspension.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme C A D réside à Mayotte de manière continue depuis sa naissance, et que depuis cette date elle y a poursuivi toute sa scolarité, pour être titulaire depuis l'année 2020 d'un baccalauréat " sciences et technoologies du management de la gestion ". Il n'est pas contesté que son père qui est en situation régulière, réside à Mayotte, à une adresse différente de celle de la mère de la requérante et que l'un de ses frères avec lequel la requérante réside chez sa mère est dans la même situation que sa sœur, lesquels se sont vue refuser la délivrance d'un certificat de nationalité française. Dans ces conditions, alors même que la requérante peut se prévaloir d'une durée de séjour assez longue, il résulte de l'instruction qu'elle ne justifie pas l'intensité et de la stabilité de ses liens avec son père et les membre de sa famille qui possèdent la nationalité française. Au surplus, la requérante est célibataire, majeure, sans charge de famille et ne fait état d'aucune démarche tendant à poursuivre ses études. Par conséquent, Mme C A D n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tendant à l'urgence, que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C A D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A D et au préfet de Mayotte.

Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 22 octobre 2023.

Le juge des référés,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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