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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304123

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304123

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304123
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 et 23 octobre 2023, Mme E, représentée par Me Belliard, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté n° 23185/2023 du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français en tant qu'il porte interdiction de retour à ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour, avec le concours des autorités consulaires françaises aux comores, à compter de la notification de la décision à intervenir

3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation de provisoire de séjour dès son retour à Mayotte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'interdiction de séjour lui interdit tout retour sur Mayotte ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant, d'autant que le père de son enfant est de nationalité française.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de Mayotte, représenté par la selarl Claisse et associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite s'agissant des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que la requérante peut demander l'abrogation de cette mesure et qu'aucun refus d'abrogation n'est encore né ;

- l'arrêté litigieux ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 23 octobre 2023 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A C étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique, que M. Cornevaux ait présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Belliard, conseil de Mme D qui n'était pas présente pour avoir été éloignée ;

- les observations de Me Ben Attia, avocat du préfet de Mayotte, qui confirme l'éloignement de la requérante en indiquant que l'urgence n'est plus caratérisée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 octobre 2023, le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme D, ressortissante comorienne née le 16 mai 1993, de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans le cadre de la présente instance, Mme D, qui a été éloignée antérieurement au dépôt du recours, demande, dans le dernier état de ses écritures, la suspension de l'interdiction de retour sur le territoire franaçais prise à son encontre et qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée à l'audience :

3. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale. En l'espèce, dans la mesure où la requérante a été éloignée antérieurement au dépôt de son recours, il n'existe plus d'urgence à statuer sur ses conclusions tendant à la suspension des effets de cette mesure.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". . Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

5. Il résulte de l'instruction que Mme D, qui réside à Mayotte depuis 2021, a été éloignée avec son enfant B, née en 2021 de nationalité française avec lequel elle réside de façon continue. En outre, elle est aussi mère d'un enfant, mineur, né en 2010, Mouyade, qui réside à Mayotte avec son père en situation régulière. Dans ces conditions, au regard des circonstances particulières de l'espèce, en faisant interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de Mme D, le préfet de Mayotte a porté et continue de porter une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale mais surtout aux intérêts supérieurs de ses enfants. Cette interdiction de retour pour une durée d'un an, prise par le préfet de Mayotte a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les autres conclusions de la requête :

6. Mme D ne justifie pas avoir entamé des démarches en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Dès lors, et eu égard aux motifs retenus par la présente décision, celle-ci n'implique aucune mesure d'exécution.

Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 20 octobre 2023, en tant qu'il interdit Mme D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 500 euros à Mme D, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera, en outre, transmise au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 23 octobre 2023.

Le juge des référés,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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