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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304166

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304166

lundi 30 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304166
TypeOrdonnance
PublicationC
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Belliard, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 octobre 2023, par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 octobre 2023, par lequel le préfet de Mayotte en ce qu'il porte interdiction de retour ;

3°) d'enjoindre au même préfet d'organiser avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores son retour sur le territoire de Mayotte à compter de la décision à intervenir ;

4°) d'enjoindre audit préfet de réexaminer, dans un délai de deux mois, sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à son retour à Mayotte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Des pièces, enregistrées le 26 octobre 2023, ont été communiquées par le préfet de Mayotte desquelles il ressort que le requérant é été éloigné vers les Comores.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 27 octobre 2023 à 14h00, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal de La Réunion dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bauzerand, juge des référés ;

- les observations de Me Belliard, pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Ben Attia, substituant Me Rannou, pour le préfet de Mayotte qui reprend des écritures en défense et fait valoir que le recours est tardif et donc irrecevable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B, ressortissant comorien né le 31 décembre 1977 à Lingoni (Union des Comores), demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination avec interdiction de retour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". 1. "

3. Il ressort des mentions du registre de rétention que M. B a été éloigné, vers les Comores, le 26 octobre à 7h45 (heure locale), avant l'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal à 8h37 (heure locale). Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'arrêté litigieux en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5 En l'espèce, M. B soutient qu'il est entré en 2013 à Mayotte, où se trouve le centre de ses intérêts personnels, culturels et familiaux et qu'il y a construit toute sa vie avec son épouse, en situation régulière, avec laquelle il a eu un enfant né en 2012. Toutefois, par les seuls documents qu'il verse à l'appui de ses allégations, il n'établit pas le caractère continu de son séjour à Mayotte. Alors même qu'il produit les certificats de scolarité de sa fille, il ne démontre pas la réalité et l'intensité de ses attaches sur le territoire. En outre, M. B n'apporte aucun élément de nature à démontrer son intégration au sein de la société mahoraise alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait cherché à régulariser sa situation.

6. Dans ces conditions, M. B n'est manifestement pas fondé à soutenir que le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale qui s'attache à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ni à solliciter, pour ce motif, le prononcé d'une mesure d'injonction.

7. Au surplus, si cette décision revêt un caractère exécutoire, dès lors que la mesure d'éloignement a été exécutée, le requérant a la possibilité d'en demander l'abrogation, que l'autorité administrative peut prononcer à tout moment en vertu de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors et en l'état de l'instruction, M. B n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de nature à justifier la suspension de l'exécution de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 30 octobre 2023.

Le juge des référés,

Ch. BAUZERAND

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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