vendredi 27 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2304178 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du préfet de Mayotte du 21 octobre 2023 en tant qu'il lui interdit tout retour sur le territoire pendant une durée d'une année ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, aux frais et diligences de l'Etat, son retour dans un délai de 5 jours et sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'instruction de sa demande de titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais de procédure.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'à la suite à l'exécution de l'arrêté du 21 octobre 2023, il a été éloigné vers les Comores où il se trouve isolé ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte grave et manifestement illégale aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant comorien né le 25 avril 2003 à Bandraboua (Mayotte), a été éloigné le 23 octobre 2023 à destination des Comores en exécution d'une décision du préfet de Mayotte en date du 21 octobre 2023. Il est constant qu'il n'a pas contesté cette décision. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'arrêté du préfet de Mayotte du 21 octobre 2023 en tant qu'il lui interdit tout retour sur le territoire pendant une durée d'une année et d'enjoindre à l'administration de faire toutes diligences pour organiser son retour dans un délai de cinq jours.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. D'une part, au soutien de sa demande de suspension de l'interdiction de retour dont il a fait l'objet et qui était assortie à la décision d'obligation de quitter le territoire du même jour, M. B A se borne à soutenir qu'il n'a pas eu le temps matériel de la contester ou de prendre des dispositions pour contacter un conseil ou une association de défense des migrants. Cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit et à la supposer avérée, est cependant sans incidence. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de sa requête (page 8), qu'il aurait fait l'objet d'une précédente mesure de refus de séjour et d'éloignement en 2022, que cette mesure, non contestée, aurait été exécutée et que l'intéressé serait revenu irrégulièrement sur le territoire mahorais.
5. D'autre part, pour justifier de la très grande urgence qu'il y aurait à ce que le juge des référés liberté statue en quarante-huit heures, M. B A indique qu'il souhaiterait pouvoir rejoindre ses sept frères et sœurs résidant à Mayotte et se présenter aux épreuves du baccalauréat professionnel en juin 2004, soit dans un délai de huit mois.
6. Il suit de là que M. B A ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à caractériser une situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale intervienne dans les quarante-huit heures. Il lui appartient, s'il s'y croit fondé, de contester la mesure d'éloignement et d'interdiction de retour par une requête au fond, éventuellement assortie d'un référé-suspension.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale invoquée, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 27 octobre 2023.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.