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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304217

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304217

mercredi 1 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304217
TypeOrdonnance
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Ratrimoarivony, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 24 septembre 2023 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai à destination de l'Union des Comores et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en tant seulement qu'il lui interdit le retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, son retour sur le territoire français, à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à son arrivée à Mayotte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que ses enfants mineurs, tous de nationalité française, se retrouvent seuls à Mayotte avec leur père, alors qu'elle les a toujours élevés, et que sa situation personnelle et familiale nécessite son retour sur le territoire français ;

- la décision attaquée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de la vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Mayotte à qui la procédure a été communiquée n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 1er novembre 2023 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme D, étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Khater, juge des référés,

- les observations de Me Béliard pour Mme B C,

- et celles de Me Ben Attia qui fait valoir que la condition de l'urgence à suspendre l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas remplie alors que la requérante n'a jamais tenté de régulariser sa situation au regard de son séjour sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°20678/2023 du 24 septembre 2023, le préfet de Mayotte a fait obligation à Mme B C, ressortissante comorienne né le 12 janvier 1978, de quitter le territoire français sans délai et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par une ordonnance du 28 septembre 2023, le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative a rejeté la requête de Mme C tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté alors que Mme C avait été éloignée le jour même de son placement en rétention administrative, le 24 septembre dans l'après-midi. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés sur ce même fondement de suspendre l'exécution de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français, devenue exécutoire depuis son éloignement, et qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". . Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme C est mère de onze enfants, tous issus de son union avec M. A, ressortissant français. Parmi cette fratrie, cinq enfants sont encore mineurs comme étant nés le 26 février 2008 pour les deux jumelles, le 6 février 2011, le 19 avril 2015 et le 21 février 2017. Il est justifié de la nationalité française de tous les enfants de la requérante ainsi que de ce que celle-ci les a tous élevés depuis leur naissance à Mayotte. Ces cinq enfants mineurs sont scolarisés à Mayotte et vivent avec leurs deux parents. Dans ces conditions, au regard des circonstances particulières de l'espèce, en faisant interdiction de retour sur le territoire français à Mme C, le préfet de Mayotte a porté et continue de porter une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale mais surtout aux intérêts supérieurs de ses enfants. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les autres conclusions de la requête :

5. Mme C ne justifie néanmoins pas avoir entamé des démarches en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour, ni même avoir sollicité l'abrogation de l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Dès lors, et eu égard aux motifs retenus par la présente décision, celle-ci n'implique aucune mesure d'exécution.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté n°206708/2023 du 24 septembre 2023 en tant qu'il interdit à Mme B C le retour sur le territoire français pour une durée de deux années est suspendue.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 700 euros à Mme B C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B C est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera, en outre, transmise au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 1er novembre 2023.

La juge des référés,

A. KHATER

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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