dimanche 19 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2304387 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires de communication de pièces complémentaires, enregistrés le 17 novembre 2023, M.A C, représenté par Me Zain-Eddine C, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte n°25705 du 16 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) interdiction de retour pendant un an et fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est urgent de faire échec à son éloignement ;
- la décision d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à ses liens personnels et familiaux à Mayotte.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires enregistrés le 17 novembre 2023, le préfet de Mayotte représenté par Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen n'est pas fondé
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Tomi, premier conseiller en qualité de juge des référés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 18 novembre 2023 à 13h30 heure de Mayotte, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme B étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tomi, juge des référés ;
- les observations de Me C, avocat du requérant ;
- les observations de Me Safatian pour le préfet de Mayotte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C ressortissant comorien né le 20 avril 2003 à Ouani a été interpellé par des agents du service territorial de la police aux frontières le 16 novembre 2023 et a fait l'objet d'un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pendant une durée d'un an et a été placé en rétention administrative. Il demande la suspension des effets de cet arrêté sur le fondement de l'article L521-2 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale () ". M C justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées pour demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français sans délai. Par contre aucune urgence ne justifie que le juge des référés statue dans le délai de quarante-huit heures pour suspendre l'interdiction de revenir sur le territoire dès lors que cette mesure ne produit par elle-même aucun effet tant que le requérant se trouve sur le territoire national. Les conclusions de la requête présentées à ce titre doivent ainsi être rejetées.
3. Pour contester la mesure d'éloignement prise à son encontre le 16 novembre 2023, M. A C qui ne produit pas de document d'identité, invoque ses liens personnels et familiaux à Mayotte où résident ses parents, son père étant de nationalité française et sa mère, titulaire d'un titre de séjour, ainsi que sa sœur, outre un frère résidant en métropole. Toutefois, il apparaît à la lecture du procès-verbal de saisine, établi par les services de police, qu'il ne dispose d'aucun document d'identité et qu'il s'est lui-même déclaré comme étant sans domicile fixe. Par ailleurs il résulte de l'instruction et des débats que, s'il verse un acte de naissance portant mention d'une reconnaissance de paternité reçue le 7 septembre 2017, il a en réalité toujours vécu auprès de sa grand-mère paternelle, demeurée aux Comores jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 20 ans et qu'il décide de rejoindre ses parents très récemment, en 2023. Dès lors et pour légitimes que soient ses aspirations d'insertion socio-professionnelle sur le territoire français, l'ancienneté et la stabilité de ses liens avec les membres de sa famille résidant à Mayotte ne sont pas suffisamment étayées alors qu'il dispose au contraire de liens familiaux aux Comores, dont l'intensité n'est pas contestée et qu'il ne démontre pas avoir effectué de quelconques démarches en vue de régulariser sa situation sur le territoire ni présenter d'aptitude réelle d'insertion. Dans ces circonstances, la mesure d'éloignement prise le 16 novembre 2023 ne révèle pas, en l'espèce, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, notamment au regard de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre- mer.
Fait à Mamoudzou, le 19 novembre 2023.
La juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2304387