lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2304546 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ZOUBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023, Mme D C A B, représentée par Me Zoubert, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 22 octobre 2023 par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de Mayotte portant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir et jusqu'au prononcé de la décision du tribunal sur son recours en annulation et d'enjoindre à ce même préfet de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, en premier lieu, au regard des dispositions relatives à la délivrance d'un titre de séjour mention " étudiant " et, en deuxième lieu, au regard des dispositions relatives à la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée au regard de sa situation personnelle et familiale et dès lors qu'elle peut être éloignée à tout moment ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-2, L. 423-13, L. 422-1 et L. 422-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale, sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de séjour en litige ;
- les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 2°, 5° et 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que le moyen tiré de l'illégalité de la mesure d'éloignement en raison de l'illégalité du refus de séjour, sont propres, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'urgence n'est pas établie ;
- aucun des moyens invoqués n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité la décision litigieuse.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 décembre 2023 sous le n° 2304545, tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique, qui a eu lieu le 18 décembre 2023 à 10h00 (heure de Mayotte), dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, la juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assistée de Mme Moendadze, greffière d'audience présente au tribunal administratif de Mayotte.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Baizet, juge des référés, qui informe les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'ordonnance est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, une telle décision étant inexistante.
- les observations de Me Zoubert, représentant Mme C A B et de l'intéressée, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Ben Attia pour le préfet de Mayotte qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête en l'absence d'existence d'un refus de titre de séjour.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C A B, ressortissante comorienne, née le 20 mai 2001 à Mamoudzou, a déposé une demande de titre de séjour le 22 juin 2023. Mme C A B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande, née du silence gardé par le préfet de Mayotte
Sur la recevabilité :
S'agissant des conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour :
2. Il résulte de l'instruction que Mme C A a déposé une demande de titre de séjour le 22 juin 2023. Si l'attestation de dépôt de cette demande est intitulée " confirmation de dépôt d'une pré-demande ", elle indique également que Mme C A a " déposé avec succès une demande de titre de séjour qui sera examinée par la préfecture compétente " et que " ce document constitue la preuve de dépôt " de sa demande. Dans ces conditions, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour est née en l'absence de réponse du préfet de Mayotte sur cette demande. La fin de non-recevoir opposée en défense ne peut qu'être rejetée.
S'agissant des conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".
4. Si Mme C A B demande la suspension de la décision du préfet de Mayotte portant obligation de quitter le territoire français, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une telle décision. Dans ces conditions, les conclusions aux fins de suspension de l'obligation de quitter le territoire français sont dirigées contre une décision inexistante et sont, pour ce motif, irrecevables.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ".
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
7. Il résulte de l'instruction que Mme C A B, qui soutient résider à Mayotte depuis sa naissance en 2001, a effectué une scolarité continue depuis 2015 sur le territoire français et qu'elle dispose d'une communauté de vie avec sa mère et sa fille née en 2020 à Mayotte. Dans ces conditions, et dès lors que la décision de refus de titre de séjour dont Mme C A B demande la suspension l'expose à tout moment à un risque d'éloignement, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
8. Mme C A B, est née à Mayotte en 2001 et justifie d'une scolarité continue sur le territoire français depuis 2015. Inscrite depuis l'année scolaire 2021-2022 dans un Brevet technique supérieur (BTS) mention " management hôtel et restauration " au lycée de Kawéni à Mamoudzou, l'intéressée a commencé, en septembre 2023, une deuxième année dans ce cursus scolaire. Il résulte également de l'instruction que Mme C A B partage une communauté de vie avec sa mère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", et sa fille née le 12 octobre 2020 à Mamoudzou. Par ailleurs, Mme C A B étant encore inscrite en étude supérieure, sa mère, titulaire d'un contrat à durée indéterminée, et son compagnon, participent à son entretien et à celui de sa fille. Dans ces conditions, au regard de la situation personnelle de l'intéressée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de Mme C A B, est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de refus de séjour.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
10. La présente décision implique nécessairement, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le préfet de Mayotte délivre à Mme C A B, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de l'ordonnance, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa requête n° 2304545 tendant à l'annulation de la décision contestée. Il n'y a pas lieu, toutefois, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme C A B et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Mayotte a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C A B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à Mme C A B, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C A B, la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à Mme D C A B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 18 décembre 2023.
La juge des référés,
E. BAIZET
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.