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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400096

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400096

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400096
TypeDécision
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2024, M. B A, représentée par Me Belliard demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 octobre 2023 par laquelle le préfet de Mayotte lui a refusé de délivrance d'un titre de séjour et ainsi que la décision ayant annulé son récépissé

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 27 octobre 2023 du même préfet portant obligation de quitter le territoire

3°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer dans un délai de quatre jours une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie puisqu'il risque d'être éloigné à tout moment ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision résultant de la violation des dispositions des articles L. 423-7 et L. 4238 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de Mayotte, représenté par Me Rannou du cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- aucun des moyens n'est fondé et l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour des faits de violence conjugale commis le 26 décembre 2021.

Vu :

- la requête n°2400095 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 27 octobre 2023 dont il est demandé la suspension des effets dans le cadre de la présente instance ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision en, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 30 janvier 2024 à 14 heures 00, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C, étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Au cours de l'audience publique, M. Bauzerand a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sunar, pour le requérant qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de Mayotte n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 27 octobre 2023, le préfet de Mayotte a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour, sollicitée par M. B A, ressortissant comorien née le 8 mai 1987 sur l'île d'Anjouan (Union des Comores), et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai d'un mois. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 la suspension des effets de cette décision et à ce qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3.L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que M. A qui soutient résider à Mayotte depuis 2007 et est père de trois enfants mineurs, dont deux enfants français, nés à Mayotte en 2012 et 2014. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour dont M. A demande la suspension a pour effet de le placer dans une situation irrégulière et l'expose à tout moment à un risque d'éloignement et de séparation avec ses deux enfants français, qui ne pourront en aucun cas l'accompagner aux Comores. Ainsi, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

5.Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Il résulte de l'instruction que le requérant fait valoir, ainsi qu'il a été dit supra, qu'il réside à Mayotte de manière continue depuis plus de dix ans Il fait valoir qu'il vit en couple avec une compatriote, présente à l'audience, et qu'ils élèvent ensemble leurs trois enfants, dont les deux premiers disposent de la nationalité française. Si le préfet fait valoir que l'intéressé est défavorablement connu des services de police en retenant qu'il a été condamné, le 20 mars 2023, à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec sursis pour des faits de violence conjugale commis le 26 décembre 2021, il résulte de l'instruction que M. A, qui a comparu sur reconnaissance préalable de culpabilité, a reconnu les faits et sa culpabilité et qu'il a repris la vie commune, ces faits, pour déplorables qu'ils soient, sont totalement isolés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du droit au respect de sa vie privée, protégé par les stipulations de l'article 8 de de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre litigieux, ainsi que de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets des décisions attaquées jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur leur légalité. Il y a également lieu, dans l'attente de cette décision du tribunal, d'ordonner au préfet de Mayotte de munir l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à M. A.

ORDONNE :

Article 1er : Les effets de l'arrêté litigieux du 27 octobre 2023 sont suspendus jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de munir le requérant d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que le tribunal se prononce au fond, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la mise à disposition de la présente ordonnance au greffe du tribunal.

Article 3 : L'Etat versera au requérant la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Mayotte.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 9 février 2024.

Le juge des référés,

Ch. BAUZERAND

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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