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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2400125

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2400125

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2400125
TypeDécision
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 et 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Ghaem, avocate, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer dans un délai de vingt-quatre heures une autorisation provisoire de séjour portant enregistrement de sa demande de titre de séjour et, à défaut, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 1 000 euros par jour de retard, à compter de la date de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie par le risque d'éloignement auquel il est exposé dès lors que la préfecture ne lui a toujours pas délivré d'autorisation provisoire de séjour ;

- les agissements du préfet portent une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au recours effectif, à sa liberté d'aller et venir et à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet de Mayotte, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance n° 2304580 du 8 décembre 2023 par lequel le tribunal a suspendu l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 7 décembre 2023 prise à l'encontre de M. B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Banvillet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 26 janvier 2024 à 9h30 (heure de Mayotte). Le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme C étant greffière d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :

- le rapport de M. Banvillet, juge des référés,

- les observations de Me Weinling substituant Me Ghaem représentant M. A,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant comorien né le 14 août 2005, demande, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer, dans un délai de vingt-quatre heures, un récépissé de demande de titre de séjour et, à défaut, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 1 000 euros par jour de retard, à compter de la date de la décision à intervenir.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "

3. Il résulte de l'instruction que le préfet de Mayotte n'a pas exécuté le jugement n°2304580 du 8 décembre 2023 par lequel le tribunal lui a enjoint, d'une part, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois et, d'autre part, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

4. Si le préfet de Mayotte fait valoir qu'il s'est trouvé dans l'impossibilité de lui remettre une autorisation provisoire de séjour en raison du blocage du service des étrangers de la préfecture, il lui appartient toutefois de mettre en œuvre toutes mesures pour rétablir le libre accès des locaux. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que la délivrance de ce document n'aurait pas pu être effectuée par voie dématérialisée. Enfin, M. B, qui risque à tout moment de faire l'objet, à Mayotte, d'un contrôle d'identité, d'une interpellation, d'un placement en rétention et d'un éloignement expéditifs, en l'absence de tout document de circulation et nonobstant la décision du tribunal susvisée, justifie de la condition d'urgence au sens des dispositions précitées et est fondé à soutenir qu'en ne lui délivrant pas l'autorisation provisoire de séjour dans le délai prescrit par le tribunal, le préfet de Mayotte porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au recours effectif protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer à M. B, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai.

Sur les frais relatifs au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. B, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une autorisation provisoire de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à M. B A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 26 janvier 2024.

Le juge des référés,

M. BANVILLET

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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