vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400207 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | DEDRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 janvier et 2 février 2024, M. A B, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la commune de Mamoudzou de faire cesser sans délai les agissements d'harcèlement moral dont il est victime ;
2°) d'enjoindre à la commune de lui donner, dans un délai de quarante-huit heures, les moyens d'exercer ses fonctions de coordinateur du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD).
Il soutient que :
- à sa prise de poste la commune ne lui a pas fourni de bureau ;
- elle a souhaité le licencier sur le fondement d'une demande de démission de sa part qu'il n'a jamais formulée ;
- un avis de vacance de son poste a été publié sur le site " emploi-territorial " ;
- son salaire du mois de septembre ne lui a pas été versé ;
- sa hiérarchie lui a demandé de fournir un travail dans des délais intenables et l'a convoqué à des réunions auxquelles il ne pouvait pas se rendre ;
- il a été humilié publiquement durant la réunion du CLSPD qui s'est tenue le 16 janvier 2024, ainsi que durant son entretien avec le directeur général des services qui s'est tenu le 22 janvier suivant ;
- il ne dispose ni d'un véhicule, ni d'un téléphone et d'un ordinateur portable pour faire son travail ;
- il est en arrêt de travail depuis le 26 janvier 2024 en raison de la dégradation de son état de santé liée à ses conditions de travail ;
- les clefs de son bureau ont été perdues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, la commune de Mamoudzou, représentée par Me Dedry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 100 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 2 février 2024 à 9h30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. C D étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, juge des référés ;
- et les observations de Me Dedry avocat de la commune de Mamoudzou qui conclut aux mêmes fins que par son mémoire en défense.
Le courrier du 9 octobre 2023 par lequel M. B présente sa démission au chef du service administratif et technique de la police nationale de Mayotte a été produit à l'audience par la commune de Mamoudzou.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 2 février 2024 après la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. A B, recruté par la commune de Mamoudzou, le 3 juillet 2023, par un contrat à durée déterminée de trois ans, pour assurer les fonctions de coordinateur du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) rattaché à la direction de la prévention et de la sécurité urbaine, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la commune de mettre fin à la situation d'harcèlement qu'il estime subir.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
3. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " Le droit de ne pas être soumis à un harcèlement moral constitue pour l'agent une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, ainsi que des débats ayant eu lieu à l'audience, que M. B dispose d'un bureau, ainsi que d'un équipement informatique et du matériel nécessaire à l'exercice de ses missions. En outre, il peut bénéficier ponctuellement d'un véhicule de service s'il justifie d'un besoin et en fait la demande. Par ailleurs, il résulte des allégations non contestées de la commune, que M. B lui a adressé, par erreur, une lettre de démission en réalité destinée à son ancien employeur. Pour cette raison, la fiche du poste occupé par M. B a été, un temps, publiée sur le site " emploi-territorial ", avant d'être retirée. Il résulte également de l'instruction que M. B a été absent à plusieurs reprises depuis son entrée en fonction, qu'il n'est pas en mesure de justifier du travail qu'il aurait réalisé depuis sa prise de poste et qu'il lui est reproché une attitude agressive envers certains de ses collègues, ainsi qu'une impréparation de la réunion du CLSPD du 16 janvier 2024. Cette situation a créé un climat dégradé dans ses relations avec hiérarchie. En conséquence, M. B a fait l'objet de remontrances au regard de sa manière de servir. Toutefois, il ne résulte d'aucun élément versé aux débats que les reproches qui lui ont été adressés aient excédés, dans leur forme comme dans leur contenu, l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, aucune pièce du dossier ne permet de confirmer que M. B ait été victime d'humiliations publiques notamment lors de la séance du CLSPD qui s'est tenue le 16 janvier 2024. Enfin, il ressort des pièces produites à l'instance que M. B a perçu son traitement du mois de septembre 2023 ainsi que la commune en justifie par la production d'une fiche de paye datée du 30 septembre 2023. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait été victime d'agissements constitutifs d'harcèlement moral. Ainsi, les conclusions de M. B doivent être rejetées.
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros à verser à la commune de Mamoudzou en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Mamoudzou une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Mamoudzou.
Fait à Mamoudzou, le 2 février 2024.
Le juge des référés,
R. FELSENHELD
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.