lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400212 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 31 janvier 2024, Mme A B C, représentée par Me Nzamba, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative,
1°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui communiquer une date de rendez-vous pour déposer son dossier en vue d'un renouvellement de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en, application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est en l'espèce remplie ;
- elle est bloquée dans l'obtention d'un rendez-vous et a effectué toutes les démarches en ligne.
La procédure a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président en qualité de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience, qui a eu lieu 28 mars 2024 à 14h00, dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion, assisté de M. Clément, greffier d'audience, présent au tribunal administratif de Mayotte.
Le rapport de M. Bauzerand, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique.
Mme B C et le préfet de Mayotte n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B C, ressortissante comorienne née le 31 décembre 1979 aux Comores déclare être entrée régulièrement à Mayotte en 1994 et y résider de façon continue depuis lors. Titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 6 septembre 2023, elle expose avoir vainement tenté d'en solliciter le renouvellement par l'intermédiaire de la plateforme internet de la préfecture de Mayotte qui n'offre aucune plage horaire disponible à la prise de rendez-vous. Elle demande en conséquence au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui consentir un rendez-vous pour enregistrer sa demande.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. " ;
3. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Eu égard à son objet et aux pouvoirs dont le juge des référés dispose, une demande tendant à ce qu'il soit ordonné à l'autorité compétente de prendre des mesures réglementaires, y compris d'organisation des services placés sous son autorité, n'est pas au nombre de celles qui peuvent être présentées au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
6. En l'espèce, il ressort des nombreuses captures d'écran datées versées au dossier, quand bien même celles-ci ne comportent pas de mention nominative, que la requérante établit l'indisponibilité de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous à l'occasion de nombreuses connexions entre le 19 décembre 2023 et le 10 janvier 2024, et par suite, la quasi impossibilité pour un demandeur de titre de séjour d'obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable.
7. Compte tenu, d'une part, des difficultés d'accueil des usagers dans le contexte mahorais, et d'autre part, de la situation de Mme B C, qui produit des justificatifs de présence et justifie avoir été en possession d'un titre de séjour ayant expiré en septembre 2023, il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en enjoignant au préfet de Mayotte de recevoir l'intéressée dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais de litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par Mme B C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de procéder dans un délai d'un mois à l'enregistrement de la demande de renouvellement d'un titre de séjour de Mme B C et à la remise à cette dernière d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B C une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et au préfet de Mayotte.
Copie sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer
Fait à Mamoudzou, le 8 avril 2024.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N° 2400212