mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2400230 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2024, M. A D B, représenté par Me Hesler, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de l'admettre au séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un document de circulation l'autorisant à travailler dans l'attente du jugement de sa requête au fond tendant à l'annulation de la décision contestée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision litigieuse a pour effet de l'exposer à un éloignement de ses attaches personnelles et familiales sur l'île ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il n'a pas été répondu à sa demande de motifs, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- la requête enregistrée le 2 février 2024 sous le numéro n°2400229 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé de l'admettre au séjour ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée () ".
2. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision par laquelle le préfet de Mayotte lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, M. A D B, ressortissant comorien né le 8 avril 1989, soutient que cette décision l'expose au risque d'être éloigné de toutes ses attaches familiales et personnelles sur l'île où il déclare vivre paisiblement depuis plus de douze ans. Toutefois, en se bornant à soutenir que l'urgence est caractérisée par sa situation familiale, il ne justifie pas de circonstances particulières de nature à justifier l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets du refus de séjour, qui n'emporte par lui-même, aucune mesure d'éloignement. Au demeurant, la continuité de son séjour à Mayotte n'est pas établie et, par les pièces qu'il produit, constituées des actes de naissance de ses deux enfants nés à Mayotte de sa relation avec Mme C B, une compatriote titulaire d'un titre de séjour, et de factures éparses et parfois illisibles, il ne justifie ni d'une communauté de vie avec cette dernière et leurs deux enfants ni d'une contribution effective et régulière à l'entretien et l'éducation de ces derniers. Par suite, M. A D B n'établit pas que la décision portant refus de séjour porterait atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ou à ceux qu'il entend défendre et rendrait ainsi nécessaire l'intervention du juge des référés avant que ne soit jugée sa requête au fond.
5. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, y compris celles aux fins d'injonction doivent être rejetées, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A D B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Fait à Mamoudzou, le 12 mars 2024.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.